Hommage à Roger Planchon

Samedi 16 mai à Niort, en lançant la « Saison des Festivals » du Poitou-Charentes, Ségolène Royal a tenu à rendre hommage à Roger Planchon dont la disparition endeuille le monde du théâtre et de la culture ainsi que tous ceux qui, une génération après l'autre, ont aimé grâce à lui tant d'oeuvres d'hier et d'aujourd'hui :

« La culture n'est pas un privilège d'initiés mais le droit égal de tous. Un grand homme de théâtre a mis son immense talent au service de ce parti-pris :
Roger Planchon, dont je tiens ici à saluer l'engagement de toute une vie et cette manière exemplaire qu'il avait de juger le peuple digne des plus grands textes. Fils de la campagne ardéchoise et d'une ville ouvrière, il fut le partisan ardent d'une décentralisation qui lui fit choisir la banlieue pour y inscrire la belle aventure du Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Il disait : « je fais du théâtre pour retrouver l'expérience des veillées » et pour des gens qui « comme mes parents » ne sont pas des lettrés. Brillamment, généreusement, il a administré la preuve que l'ambition artistique et la volonté de toucher le plus grand nombre devaient aller de pair. C'est un choix politique au sens le plus noble du terme. Une éthique de la culture. Une soif de faire partager sa passion et son insatiable gourmandise pour les oeuvres et la scène. La défense opiniâtre d'un théâtre de haute exigence qui aime et respecte son public ».

Ségolène Royal s'est réjouie du rayonnement international des festivals du Poitou-Charentes : « Aux Francofolies de La Rochelle, on vient de partout en Europe et de plus loin encore pour écouter des musiques de tous les continents. L'Afrique est activement présente, à travers ses cinéastes talentueux, au Festival du Film francophone d'Angoulême. Et Musiques Métisses réalisera à Salvador de Bahia, dans le cadre de l'Année de la France au Brésil et avec l'aide de la Région, une édition spéciale fondée sur une belle coopération avec des artistes africains et caribéens. C'est aussi cela que notre politique culturelle régionale s'attache à défendre et promouvoir : une ouverture au monde, un métissage des sons, des mots et des talents. Une relation égalitaire qui préfigure dans la culture ce monde multipolaire et enfin capable de dialogue dont la crise globale qui secoue la planète doit hâter l'avènement, si nous le voulons et si nous en prenons les moyens. Ce message d'émancipation, c'est la culture, avec un temps d'avance sur la politique, qui le porte le mieux et en attise le goût.
Voilà pourquoi je trouve si graves et si peu responsables les coupes sombres opérées par le gouvernement dans les budgets culturels alloués à la politique extérieure de la France. Tous les secteurs sont touchés : le livre, le cinéma, le spectacle vivant, les instituts et centres culturels français à l'étranger. Cette amputation petitement comptable, à courte vue, du rayonnement culturel de notre pays et de sa présence au monde est une contre-sens affligeant par rapport à l'époque et une mécompréhension des atouts que nous devrions au contraire valoriser. J'ajoute même que c'est bien mal connaître les ressorts de la compétitivité française que de croire que, sur le marché mondial, nos produits peuvent convaincre sans s'adosser à une certaine image de la France dont sa culture hospitalière à tous les talents fut, de tous temps, la colonne vertébrale ».

Développant sa vision de la culture, elle a également souligné : « Comme le dit excellemment Edgar Morin, la culture est ce qui relie les connaissances éparses d'une société dont le sens se perd quand les savoirs restent trop compartimentés et trop étrangers les uns aux autres. C'est pourquoi la société de la connaissance doit être aussi une société de la culture qui décloisonne notre vision du monde et des êtres humains. Car il n'y a pas, d'un côté, des savoirs et, de l'autre, des arts d'agrément mais, dans toute expression artistique, aussi une pensée à l'oeuvre. Et, de la musique à la poésie, de la peinture au théâtre, de l'architecture à la danse ou au cinéma, un pouvoir d'évocation, d'émotion et de réflexion qui aide à se repérer, à ressentir et à comprendre. Cela vaut pour les oeuvres du passé comme pour les créations les plus contemporaines, pour la Princesse de Clèves comme pour les slameurs d'aujourd'hui ».

La culture, a-t-elle ajouté, c'est aussi « une des plus belles manières de resserrer les liens entre les générations. Une très grande dame de la chanson française, Juliette Gréco, dont Jean-Paul Sartre disait qu'elle a « dans la gorge des millions de poèmes qui ne sont pas encore écrits », en témoigne à chaque nouvel album. « Je me souviens de tout », c'est le titre – ô combien significatif – qu'elle a choisi pour le dernier où, une fois encore, elle n'a pas craint de faire appel aux plus jeunes des poètes et des artistes d'aujourd'hui, ceux qu'elle appelle affectueusement « les enfants » et dont elle dit « servir avec humilité » les mots et les musiques ».