Lavelanet, les cathares et la laine

Avant la visite de Ségolène Royal, quelques repères historiques et politiques sur Lavelanet, les cathares et la laine.


I.- La commune de Lavelanet

Son nom vient de l'occitan avelana et du latin avellana : noisette.

10.000 habitants en 1975, à peine plus de 7.000 aujourd'hui : désindustrialisation et dépopulation.

Au coeur du pays cathare (château proche de Montségur) et épicentre d'une zone durement marquée par la crise de la mono-industrie lainière.



II.- Les Cathares


Cette « hérésie » naît vers l'An Mil en Italie du Nord et se propage dans tout le Midi toulousain au 11ème siècle en raison d'une doctrine simple et exigeante qui prône le retour à la pureté de l'Evangile et dénonce le luxe tapageur de l'Eglise médiévale.

Le terme « cathare » serait une expression injurieuse venue du grec katharos (pur), utilisée par l'Eglise romaine contre les « purs hérétiques ».

Eux s'appelaient les « bons hommes », « bonnes dames » ou « bons chrétiens ».

En gros : refus de l'autorité papale et de la hiérarchie ecclésiastique, référence à une Eglise primitive et organisation à la base en « maisons de Parfaits ». Accès des femmes à la prédication, pas de baptême avant l'adolescence capable de discernement. Dieu, le Principe Bon, a créé l'esprit et le diable, Principe Mauvais, règne sur la prison charnelle -->volonté de purification, chasteté et refus du mariage-procréation. Respect inconditionnel de la vie (y compris des animaux, qu'ils ne consomment pas). Moeurs simples : travail manuel (y compris pour les nobles), prédication au contact permanent des populations des villes et des villages (à la différence du clergé catholique qui refuse au peuple le contact direct avec les textes sacrés). Rigueur personnelle et bienveillance pour autrui.

Leur mouvement heurte de front :
- le pouvoir papal qui veut organiser une société chrétienne homogène lui faisant allégeance ;
- le pouvoir royal qui veut mettre au pas les nobles occitans rebelles à son autorité et... fort riches.

La répression (certains parlent d'1,5 million d'Occitans occis) sera longue et féroce :

- le pape Innocent III lance la Croisade des Albigeois en 1208. La guerre dure 20 ans. Simon de Montfort en est le chef le plus sanguinaire et le plus notoire. Durant tout le 13ème siècle, la « pacification » militaire du Languedoc et du Midi est épaulée par l'Inquisition (créée en 1231) qui torture allègrement et condamne au bûcher ;

- parmi les dates majeures : le sac de Béziers en 1209 avec extermination de sa population cathare et catholique ; le siège et la prise du château de Montségur en 1244 (bâti à 1.200 mètres d'altitude au-dessus du Pays d'Olmes) : la vie sauve est proposée aux Cathares qui renient leur foi, plus de 200 hommes et femmes choisissent le bûcher (Montségur, haut-lieu du tourisme local, alimente nombre de mythes : dernier refuge des Templiers, trésor caché des Cathares, Graal pyrénéen, culte du soleil qui attire aujourd'hui encore des adeptes...).

La monarchie capétienne soumet les pays d'oc.

Le dernier Cathare est brûlé par l'Inquisition en 1322.

La fierté de la mémoire cathare est toujours revendiquée contre le centralisme jacobin et comme illustration des capacités de résistance occitanes.


III.- La crise de la mono-industrie lainière

Le travail de la laine est, à Lavelanet, une tradition fort ancienne.

Moyen-Age : apparition des industries du textile, de l'habillement et du cuir = artisanat à domicile. Dans les familles qui possèdent un troupeau, les femmes filent la quenouille et les hommes tissent au métier à bras pour des usages essentiellement domestiques.

14ème siècle : essor de l'industrie drapière et des échanges commerciaux.

19ème siècle : rapide développement grâce à la mécanisation et à l'ouverture de nouveaux marchés. Toutes les étapes du traitement de la laine : délainage, filature cardée, tissage, bonnetterie.

20ème siècle : l'essor. Emploi féminin, appel à la main d'oeuvre immigrée (Maghreb, Espagne). Le tissage et l'ennoblissement deviennent la première activité de Lavelanet et du pays d'Olmes environnant.

Forte histoire du mouvement ouvrier (dont les grèves de 1906 et 1926).

Après la 2ème guerre mondiale : l'âge d'or. Emergence de grands groupes (dont Roudières, le plus emblématique) entraînant une multitude de PME. Le Pays d'Olmes met au point la fabrication du tergal.

Début des années 70 : Lavelanet est le 1er centre textile français de l'habillement avec également des gammes pour l'ameublement. 72 entreprises et 5.000 salariés sur place.

Milieu des années 70 : retournement et début du déclin.

Concurrence des pays à bas coûts salariaux, délocalisations, fin des Accords multi-fibres, renchérissement du prix du pétrole (important pour les matières synthétiques), capacité des distributeurs commerciaux à devenir directement donneurs d'ordre, absence d'anticipation des mutations et de diversification à temps : la zone de Lavelanet paye un lourd tribut à la crise de l'industrie textile et en particulier lainière, encaissant dépôts de bilan et restructurations, dépopulation, fort taux de chômage (record Midi-Pyrénées) d'une population active faiblement qualifiée et plus âgée que la moyenne nationale.

Les difficultés des activités de filature et tissage représentent, à l'échelle plus modeste de Lavelanet, un séisme aussi douloureux que celui de la sidérurgie lorraine.

L'effondrement de Roudières, qui employait sur place 1.300 salariés dans les années 60-70, est le plus spectaculaire. Le groupe était le premier producteur français de draperies et lainages, réalisait 27% de la production nationale et 38% des exportations du secteur. Avec ses 500 machines, son usine était la plus forte concentration européenne de métiers à tisser.

Sa chute entraîne un grand nombre de sous-traitants.

Racheté par le groupe Chargeurs à la fin des années 80, le groupe est démantelé.

La mono-activité qui a fait pendant des décennies la prospérité locale se retourne en désastre et fragilisation généralisée ; le virage de la diversification n'a pas été pris dans les années 60 par des patrons du textile qui n'ont pas anticipé les mutations.

Et la globalisation financière, dans un deuxième temps, frappe dur.

Certains, cependant, ont réussi leur reconversion vers les productions à forte valeur ajoutée (haut de gamme et tissus techniques pour l'isolation, l'automobile, l'aéronautique, la santé). Cas du groupe Michel Thierry à Laroque d'Olmes, à côté de Lavelanet, aujourd'hui leader de l'habillage intérieur des automobiles.

Malgré un savoir-faire reconnu qui permet à certains survivants d'être à la pointe de la technologie et de la productivité textile (automatisation, offensive à l'exportation), Lavelanet reste une zone économiquement sinistrée qui a encore perdu, ces derniers mois, des centaines d'emplois industriels et dont les efforts pour créer de nouvelles activités se heurtent au handicap de l'enclavement (hors axes routiers, sans gare).

Marc Sanchez, maire de Lavelanet qui a succédé à Jean-Pierre Bel, appelle à la solidarité face à une crise qui dépasse actuellement celle vécue depuis 1989 car, désormais, les maisons mères sont touchées : « les actionnaires oublient que ce sont les ouvriers qui ont contribué à développer les entreprises » --> la financiarisation les laisse sur le carreau.

Il se fixe 3 objectifs : conforter l'existant, diversifier les activités pour en finir avec la mono-industrie, développer le tourisme (pays splendide et richesse patrimoniale).

Mais observe : « nous n'avons pas la chance d'être sur la Nationale 20. Du coup, les banques nous condamnent ».

Pourtant « le territoire refuse d'abdiquer, il y a un avenir ici, nous avons des atouts, il faut se serrer les coudes pour réussir à traverser cette crise ».