
Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Ségolène Royal.
Ségolène Royal : Bonjour.
JMA : Vous avez créé la surprise, mardi soir sur France 2, en établissant un lien
entre vos critiques sur le clan Sarkozy et la fouille de votre appartement
dont vous avez été victime, le 27 juin dernier. Vous suggérez donc que la
mise à sac de votre appartement a des motivations politiques. Quels sont
les éléments qui vous permettent de dire cela, Ségolène Royal ?
SR : On a déjà beaucoup parlé de cette affaire qui est une affaire grave. Ca
n'est pas une affaire personnelle, c'est une affaire politique puisque
lorsque le domicile d'une des principales opposantes, en effet, est mis à
sac, c'est une affaire je crois politique.
JMA : Le fait qu'il soit mis à sac est une affaire politique ?
SR : Le fait qu'il soit mis à sac dans un contexte politique sensible.
JMA : Mais est-ce que c'est voulu par le pouvoir politique, organisé par lui ?
Qu'est-ce qui vous permet de faire un lien entre vos critiques et cette
mise à sac ?
SR : D'abord, je voudrais que dans le bref temps qui nous est imparti, je puisse
aussi parler des propositions concrètes. Vous savez, le rôle de
l'opposition, c'est de combattre et de proposer. Donc, je vais répondre à
votre question mais je veux aussi, Jean-Michel Apathie, que nous ayons du
temps pour parler des problèmes qui se posent aujourd'hui en France et de
la politique gouvernementale qui fait tant de mal à notre pays parce que
j'ai parlé aussi de déchirure actuellement dans ce qui se passe dans la
France. Tous les jours, il y a une catégorie sociale qui est mise en
difficulté par le pouvoir.
JMA : La question, venons en directement...
JMA : C'est vous qui l'avez suggérée avec votre attaque !
SR : Oui, bien sûr, et je le refais à votre antenne. Il y a une coïncidence très
étrange entre un moment politique sensible, c'est-à-dire le lendemain où je
mettais en cause la mise sur la France du clan Sarkozy où la veille où en
effet, je devais présenter ma contribution pour le congrès du Parti
socialiste, où je mettais en valeur, la vraie nature du système Sarkozy, la
façon dont Nicolas Sarkozy enrichit ses amis milliardaires et appauvrit le
reste des Français. Ce n'est pas la première fois que mon appartement est
mis à sac. C'est la deuxième fois. Mon domicile a déjà été visité et
fouillé encore pendant la campagne présidentielle. Un certain nombre de mes
amis, de mes proches, de mes collaborateurs se sont vu dérober leurs
ordinateurs aussi. Il y a quelques mois, une de mes plus proches
collaboratrices aussi a vu son domicile en effraction...
JMA : Vous le dites au micro de RTL, ce matin, ça n'avait pas été dit. Vos
collaborateurs ont été eux aussi victimes de vols ?
SR : Oui. En effet et souvent de façon concomitante. Cinq ordinateurs ont été
volés, il y a quelques mois ; et pendant la campagne présidentielle...
JMA : Le pouvoir est-il derrière tout cela, Ségolène Royal ?
SR : Ecoutez, je note quand même qu'il y a une coïncidence très étrange. Et je
note que dans n'importe quelle autre démocratie, le pouvoir en place se
serait ému de ce qui se passe. Or, aujourd'hui...
JMA : Ce qu'il n'a pas fait. Personne n'a pris contact avec vous ?
SR : Ce qu'il n'a pas fait... Ce que je veux dire ici, c'est que la police qui
s'est présentée à mon domicile a été tout à fait remarquable, puisque ce
sont eux qui ont découvert l'effraction ; et j'ai suivi ensuite avec mon
fils, où j'ai découvert le champ de bataille qui avait été laissé dans mon
appartement, qu'il y a des mises en scène assez pénibles puisque les objets
de ma plus jeune fille qui, heureusement, n'étaient pas là, ont été étalés
sur son lit, que tous mes papiers, toutes mes affaires personnelles ont été
renversées dans ma chambre personnelle. Donc, il y a une façon très
particulière de chercher à intimider, de chercher à faire peur. Le
procureur de la République que je remercie d'ailleurs est venu sur place ;
et j'espère que, cette fois, l'enquête ira jusqu'au bout et que nous
trouverons les responsables de cette façon de faire. Mais je le répète : ce
n'est pas une affaire personnelle, c'est une affaire politique.
JMA : Mais vous n'avez pas d'éléments précis, pour l'instant, qui vous permettent
de dire que le pouvoir est derrière ces agissements ?
SR : Ah non pour l'instant, non je n'ai que cette coïncidence que vous trouverez
comme moi assez étrange.
JMA : Dans "Le Parisien", il y a cette phrase qui vous est attribuée. J'aimerai
la vérifier : "Je me sens écoutée, diriez-vous. Mes allées et venues sont
espionnées".
SR : Oui, c'est évident.
JMA : Vous êtes espionnée, Ségolène Royal ?
SR : Je suis sans doute suivie, puisque comme l'ont dit eux-mêmes les policiers,
ils ont trouvé très étrange qu'entre 8h30, heure à laquelle mon fils part,
et 10h30, heure à laquelle je rentre et j'en informe mes enfants, le soir
du cambriolage de la mise à sac. L'intervention très professionnelle qui a
eu lieu à ce moment-là, a un temps quand même très, très court pour
intervenir, à un moment où comme l'ont souligné les policiers, il n'y a pas
de cambriolage puisque c'est un moment où il y a beaucoup d'allées et
venues entre 8h30 et 10h30 du soir. Donc, en effet, soit je suis écoutée,
soit je suis suivie depuis mon lieu de travail jusqu'à mon domicile. C'est
une évidence.
JMA : Vos propos ont suscité beaucoup de critiques à droite ; mais à gauche
aussi, certains ont pris des distances vis-à-vis de vous. Laurent Fabius,
hier :"Soit ce qu'elle dit est tout à fait exact, et c'est évidemment
scandaleux ; soit ce n'est pas exact, et il ne faut pas le dire".
SR : Ce que je veux surtout retenir, c'est la solidarité très forte des élus
socialistes d'une façon générale...
JMA : Solidarité forcée ?
SR : Non. Non, parce que je crois vraiment qu'ils ont été très choqués de ce qui
arrive et ils se rendent compte qu'il y a un climat assez détestable
aujourd'hui en France qui autorise sans doute un certain nombre de
malversations de ce type ; mais vous aurez aussi noté comme moi la violence
et la vulgarité des réactions des responsables de l'UMP. Je vais vous dire
une chose...
JMA : "Elle perd ses nerfs", disait François Fillon, ici, à votre propos.
SR : Je vais vous dire une chose... Plus les autres propos qui ont été tenus...
Malgré ces attaques et ces propos particulièrement violents et vulgaires,
je ne souhaite à personne (vous m'entendez !) je ne souhaite à personne
même pas à ceux qui ont parlé de moi de cette façon-là, qu'il leur arrive
ce qui m'est arrivé. Il y a sans doute beaucoup...
JMA : Ceci vous déstabilise, Ségolène Royal ?
SR : Oui, forcément. C'est déstabilisant parce qu'on se sent vulnérable.
J'habite avec mes enfants. Donc, ça veut dire qu'à tout moment, ceux qui
sont venus faire cette mise en scène chez moi, ont voulu me signifier que
j'étais vulnérable et qu'à tout moment, ils pouvaient porter atteinte à ma
sécurité physique, à mon intimité de mon domicile et je pense, en effet,
que ce sont des méthodes qui sont inacceptables dans une démocratie et que
le pouvoir en place aurait pu réagir différemment de ce qu'il n'a fait.
JMA : Vous critiquez très violemment Nicolas Sarkozy après sa déclaration sur les
syndicats : ces grèves dont on ne se rend même plus compte, disait-il. Vous
avez dit ceci : "Nicolas Sarkozy ne se rend même plus compte de ce qu'il
dit. Il vit dans un autre monde. On se croirait revenu sous l'Ancien Régime
où le roi s'amuse, le roi dilapide l'argent, le roi soigne ses amis". On
vous a entendue dire cela mardi matin sur RTL. Pourquoi introduire cette
violence dans le débat politique ? "Il ne se rend même plus compte de ce
qu'il dit".
SR : Ce n'est pas violent. C'est la réalité, Jean-Michel Aphatie. Est-ce que
vous avez bien entendu les propos de Nicolas Sarkozy sur les grèves où il
s'est amusé, il a même ricané en disant : "C'est formidable, aujourd'hui
lorsqu'il y a des grèves, on ne s'en rend plus compte". Mais ce dont lui ne
se rend pas compte, c'est que les salariés ne peuvent plus se permettre de
perdre une journée de travail, c'est-à-dire un jour de salaire. Ce dont il
ne se rend pas compte c'est que les salariés ne peuvent plus remplir leur
véhicule pour venir faire des manifestations parce qu'ils épargnent pour
pouvoir emmener leur famille en vacances. Ce dont il ne se rend pas compte,
c'est que ce n'est plus possible aujourd'hui de payer un billet de train
pour venir à une manifestation à Paris parce que le pouvoir d'achat a été
tellement frappé par sa mauvaise politique qu'aujourd'hui, y compris les
catégories moyennes qui se croyaient à l'abri de la "descension" sociale,
sont aujourd'hui touchées par la réduction drastique du pouvoir d'achat.
JMA : Mais "le roi s'amuse, le roi dilapide l'argent" ?
SR : Bien sûr...
JMA : Le roi soigne ses amis. Ce n'est pas excessif dans le débat démocratique
que devrait avoir une démocratie comme la nôtre ?
SR : Trouvez-vous que c'est excessif lorsque Nicolas Sarkozy, en effet, fait une
forme de hold up sur la publicité du service public de l'audiovisuel pour
donner cette ressource financière à ses amis des chaînes privées : Bouygues
et Bolloré. Et pendant ce temps-là, qui va payer les ressources du service
public ? C'est nous tous. Ce sont tous les Français par des impôts nouveaux
sur les opérateurs de la téléphonie mobile. Est-ce que vous trouvez que
c'est normal ?
JMA : Patrick Poivre d'Arvor... Je ne vais pas répondre aux questions, moi. Je
les pose.
SR : Est-ce que c'est faux ? Attendez, M.Aphatie, est-ce que ce j'ai dit est
faux ? Non. Ce que j'ai dit n'est pas faux. Nicolas Sarkozy enrichit ses
amis. Les mêmes que ceux qui étaient au Fouquet's, les mêmes que ceux...
(attendez !) les mêmes que ceux qui ont reçu les chèques du bouclier
fiscal. Donc, il enrichit ses amis, il va sur les yachts de ses amis et il
ne fait plus que compenser le coût de ses vacances...
JMA : Patrick Poivre d'Arvor présente son dernier journal, ce soir, sur TF1 après
21 années de présentation du journal télévisé, son limogeage a des raisons
politiques, d'après vous, Ségolène Royal ?
SR : Ah je ne peux pas me prononcer sur cette question-là, je n'ai aucun élément
d'appréciation.
JMA : Ségolène Royal, qui a donc longuement évoqué le cambriolage dont elle a été
victime et les raisons politiques d'après elle, qui en sont la raison.
Bonne journée.