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Bien sûr, il y a l’exceptionnelle performance d’acteur de Morgan Freeman qui incarne au plein sens du verbe, Nelson Mandela, ou Matt Damon, dans le rôle de François Pinaar, capitaine angoissé d’une équipe de rugby qui accumule les contre performances.
Bien sûr, il y a ce petit côté manichéen, propre au cinéma américain, notamment dans la caricature de l’équipe des gardes du corps black and white.
Bien sûr, il y a ce flot de bons sentiments mais il y a surtout l’ombre portée de Nelson Mandela. Exemplaire dirigeant, tant sur le plan humain que politique. Qui rêve de construire une nation enfin réconciliée avec elle même, cette nation arc en ciel qui va émerger et vibrer ensemble à l’occasion d’un match de rugby, la finale de la coupe du Monde, en 1995 où les Springboks d’Afrique du Sud l’emportent , contre toute attente, face aux All Blacks de Nouvelle Zélande emmenés par le surnaturel Jonah Lomu. Une nation réconciliée à travers le sport et grâce à la détermination de chaque instant d’un leader politique hors du commun.
Car on redécouvre Nelson Mandela à travers ce film. Ce long chemin personnel, politique, qui l’amena à diriger son pays, alors que son destin l’avait échoué sur l’île hostile de Robben Island, enfermé pendant 27 ans, dans quelques M2, souvent désespéré, souvent à terre et se relevant par la vertu d’un poème , "Invictus", écrit, en 1875, par William Henley, un poème qu’il se récitait lorsque tout sombrait . Des mots simples "Aussi étroit soit le chemin. Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme. Je suis maître de mon destin et capitaine de mon âme " . C’est l’histoire de cette invincibilité du cœur que retrace "Invictus", de ce changement de destin qui va d’une prison lugubre où l’on casse des cailloux sans autre espoir que la mort à la présidence d’une nation de 43 millions d’habitants, fracturée par l’apartheid.
Le secret ? "Le pardon. J’ai appris à pardonner "a toujours répondu Nelson Mandela.
"Le pardon, dit-il dans le film, est l’arme politique la plus puissante". C’est au nom de ce pardon qu’il poussera les Springboks, l’équipe des Afrikaneers, détestée par les noirs, a reconquérir d’abord leur propre dignité avant de gagner la coupe du monde au nom de toute une nation. C’est au nom du pardon qu’il propose à tous les collaborateurs blancs des cabinets ministériels de rester malgré son élection. C’est au nom du pardon qu’il engage des gardes du corps blancs, ceux là même qui ne juraient que par sa disparition, quelques mois auparavant. La paix est un état actif, un combat de chaque instant pour repousser d’abord ses propres limites du cœur, de la pensée, du comportement, même lorsqu’on se nomme Nelson Mandela. La paix commence par un pas, et une volonté de dialoguer, de s’intéresser au monde qui nous entoure. L’un des protagonistes le dit fort bien dans le film "Avant, j’étais invisible pour tout le monde. Mais pas pour lui. Pour lui, personne n’est invisible " .
Ce film nous montre qu’il n’est pas besoin de grands discours, de grandes théories, de grandes déclarations pour changer le cours du destin. Tout est d’abord et avant tout question d’ attitude, de comportement véritablement humain de la part de ceux qui gouvernent. Lorsqu’on sort d’"Invictus", on se dit que, non mille fois non, le monde n’a décidément, n’a plus besoin d’arrogance, politique, économique , médiatique ou culturelle mais bel et bien d’humanité, une simple et profonde humanité. La plus puissante des armes.
