Les deux discours de Ségolène Royal au Congrès de Reims

Les deux discours de Ségolène Royal au Congrès de Reims

16 novembre 2008 - 21:00

Discours de Ségolène Royal devant les militants au Congrès de Reims le dimanche 16 novembre 2008.

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Discours de Ségolène Royal devant les militants au Congrès de Reims le samedi 15 novembre 2008.

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Texte du discours de Ségolène Royal devant les militants au Congrès de Reims le dimanche 16 novembre 2008.


"Chers camarades, je ne reviendrai pas sur le récit de la commission des résolutions parce que Vincent Peillon, je crois, l’a parfaitement fait.
Je voudrais remercier cette équipe très soudée, je ne pourrais pas tous les citer, mais qui ont travaillé avec moi sans relâche au rassemblement des socialistes : François Rebsamen, Manuel, Delphine, Gérard, Jean-Noël, Najat, Aurélie, Jean-Pierre, Jean-Louis, Julien, David et tous les autres.
Chers camarades, maintenant, la parole est aux militants. C’est à vous, militants, de rassembler désormais notre parti. C’est à vous de choisir celui ou celle qui aura la lourde charge de diriger le parti dans l’unité. Et tout le monde, et j’en fais ma règle, devra se ranger derrière celui ou celle qui sera désigné(e) par le vote souverain des militants.
Il faudra solliciter tous les talents, réunir toutes les compétences, mettre le parti au travail pour servir les Français, pour parler à l’Europe et au monde. Le Parti a besoin de tous, de tous ses militants bien sûr, de tous ses élus, de tous ses responsables nationaux et fédéraux, de tous ses secrétaires de section et de tous ceux et celles qui nous rejoindrons.
Si je suis élue, l’effort de rassemblement continuera. J’aurai, nous aurons besoin de toi, Bertrand, et de tes amis, et au-delà, nous aurons à coeur de rassembler, venant de toutes les motions, tous les talents qui s’y trouvent.
Nous aurons besoin de toi, François, à qui tous les militants savent ce qu’ils te doivent pour avoir notamment, mais bien au-delà, notamment maintenu contre vents et marées l’unité de notre Parti socialiste.
Le Parti socialiste est attendu par les Français. Il doit contribuer à répondre aux urgences de la crise économique et financière qui s’est abattue sur le pays et sur le monde. Toute son énergie, toute son intelligence collective doivent être mobilisées par l’impérieuse nécessité de s’opposer. Faisant face à l’avalanche des plans de licenciements dont la liste s’allonge de jour en jour, Renault Sandouville, Peugeot, Camif, Sanofi, Hewlett Packard, Molex, Ford, les services publics menacés sur tous les territoires, les acquis sociaux bafoués partout, l’Éducation nationale appelée tous les jours à en rabattre.
N’oublions pas, militants, que jeudi prochain, le jour où nous aurons à voter, il y aura un mouvement social, un mouvement de grève dans les services publics et dans l’Éducation nationale, et nous serons à leurs côtés.
La France a engagé 350 milliards d’euros pour les banques, soit près de 10 000 euros par foyer fiscal, et on nous dit que le pouvoir d’achat ne peut pas être augmenté. Pendant ce temps-là, 7 millions de pauvres, dont 2 millions d’enfants sont la réalité de notre pays. Alors que 2500 milliards ont été engagés pour sauver le système bancaire mondial, il en aurait fallu 200 pour éradiquer la faim et autant pour stopper la désertification du Sahel, et on ne pourrait pas construire un autre monde ? !
Oui, cette crise financière est indissolublement liée au système capitaliste lui-même. Souvenez-vous de tous ces donneurs de leçon qui se prenaient pour les maîtres du monde, qu’elle était arrogante la secte dorée des intégristes du marché ! Comme ils nous regardaient de haut ces acrobates de la mathématique financière, comme ils y mettaient de l’entrain ces idéologues suffisants attachés à détruire sous toutes les latitudes, l’Etat qu’aujourd’hui ils appellent au secours, comme on appelle un domestique pour qu’il éponge les dégâts d’une fête trop arrosée !
Comme ils étaient sûrs d’eux ces sachants et ces satisfaits auxquels des pouvoirs serviles éloignés du peuple accordaient tous les permis de dévaster.
Souvenez-vous la compétence était de leur côté, pas du nôtre. La modernité était leur amie, pas la nôtre. Ils avaient gagné la bataille des idées et nous l’avions perdu, l’avenir leur appartenait et à personne d’autre. Aujourd’hui, ils ont moins fière allure, mais attention ils n’ont pas perdu la main. Ils promettent de s’amender et de s’auto-discipliner, mais de grâce, nous disent-ils, que l’Etat paie sans s’immiscer dans nos affaires, et très vite qu’il s’efface à nouveau.
Avouons qu’il est quand même piquant que celui, Nicolas Sarkozy qui s’est fait élire en vantant les retraites par capitalisation, le surendettement des ménages, l’Etat minimal tout droit inspiré par George Bush, soit obligé aujourd’hui de passer en urgence de la main invisible du marché à la poigne solide de l’Etat.
Mais nous, nous ne sommes pas dupes. Un cycle s’achève, celui inauguré par Mme Thatcher qui nous répétait : il n’y a pas d’alternative, celui poursuivi par Reagan qui déclarait : l’Etat n’est pas la solution, mais le problème. Celui où l’on claironna après la chute du Mur que nous étions arrivés à la fin de l’histoire. Eh bien non, l’histoire a plus d’un tour dans son sac car elle n’obéit à aucun déterminisme mécanique et se moque des triomphalismes à courte vue.
L’histoire est pour le meilleur et pour le pire ce que les femmes et les hommes en font. L’histoire sera dans le temps qui est le nôtre, ce que nous serons capables d’en faire. Voilà pourquoi aujourd’hui notre responsabilité historique est immense, elle est lourde, mais en même temps exaltante car ce cycle s’achève en ayant semé tant de mépris, tant d’injustice et de précarité tant de hantise de tomber sans pouvoir se relever, tant d’inquiétude pour l’avenir et tant de doutes sur la capacité de la politique à remettre les choses d’aplomb, qu’il y a urgence, extrême urgence à empêcher que le monde ne se défasse davantage, c’est le rôle de la gauche, c’est celui du socialisme, celui du socialisme du 21e siècle !
Urgence à proposer une alternative radicale et crédible, urgence à rassembler nos forces, nos talents, nos volontés et tous nos courages.
Je songe, au moment où je vous parle, à ces salariés qui jonglent avec trois petits boulots pour s’en sortir, à ces adultes qui ont un emploi et qui sont pourtant contraints de revenir habiter, à 40 ans, chez leurs parents ou à vivre en caravane, à cette mère de famille rencontrée lors d’une de ces réunions qui m’a dit qu’avant, elle gardait toujours les restes des plats pour en faire quelque chose mais que maintenant elle récupère les restes dans les assiettes pour les recuisiner.
Nous connaissons tous ces retraités qui ne font plus qu’un repas par jour. Nous les avons vus ceux qui doivent choisir entre manger et se chauffer, et tant de gens qui se croyaient à l’abri et qui aujourd’hui, à cause d’une politique implacable de la droite, tombent dans l’insécurité sociale avec au coeur cette terrible angoisse pour l’avenir de leurs enfants.
Je pense à tous les jeunes, de toutes origines et de toutes les couleurs des quartiers populaires qui sont venus massivement voter à l’élection présidentielle et je les appelle à venir au Parti socialiste. La France a besoin d’eux, le PS a besoin d’eux, et donc si je suis élue, j’aurais besoin, oui farouchement, besoin d’eux.
Urgence à proposer une alternative radicale et crédible, urgence à rassembler nos forces, nos talents, nos volontés et tous nos courages.
Pour tous ceux-là et pour bien d’autres, des millions d’autres, ils attendent, ils nous attendent, les socialistes, et c’est pour cela, qu’avec mon équipe, cette équipe qui a vocation à s’élargir et à rassembler tous les socialistes, c’est pour cela que je me bats.
Nous aimons tous notre parti, il est une partie de notre vie et nous y laissons parfois beaucoup. Il est notre fierté, il est indispensable aux Français et au monde. Nous devons lui consacrer le meilleur de nous-mêmes. Rassemblons-nous.
Socialistes, levons-nous. Il y a tant de belles choses à faire, inventer le socialisme du XXIe siècle. Il y a tant de combats à mener. C’est la plus belle tâche que d’être à son service avec gravité, avec le sens des responsabilités, avec une équipe déterminée et renouvelée, je m’y prépare.
"

 

Texte du discours de Ségolène Royal devant les militants au Congrès de Reims le samedi 15 novembre 2008.

Chers camarades, je ne prétends pas avoir réponse à tout, mais à ce moment de notre congrès, je voudrais vous dire mon émotion et ma fierté de pouvoir m’adresser à vous. C’est un moment si important pour nous tous, un moment aussi grave, aussi risqué, aussi ouvert, aussi crucial. C’est ce que l’on appelle un moment historique, à nous de le saisir, à nous les socialistes de faire l’Histoire. Tant de questions se posent à nous, innombrables, et d’abord celle-ci : que devons-nous faire pour notre parti et pour nos militants, que nous aimons tant ?
Pour toute la gauche, voilà la question. Pas un dirigeant, pas un militant qui ne se la pose. Que devons-nous faire en tout premier lieu pour notre Parti socialiste, et donc pour toute la gauche ? Avant tout, il nous faut prendre soin de notre parti. Et pour cela, il va falloir nous guérir nous-mêmes. Il faut nous soigner de toutes ces petites et grandes blessures que nous nous sommes infligé, de tous ces maux désagréables et même violents, de ces chagrins, parfois ces offenses. Il va falloir les oublier, les effacer, et il va falloir un jour nous les pardonner.
Par respect pour les citoyens qui vivent des vies dures, rassemblons nos forces, nos intelligences, nos honnêtetés, nos qualités, nos tendresses, nos colères et nos indignations. Oui, nos tendresses, nos colères et nos indignations, nos compétences. Tournons-nous vers les Français. Trouvons-les, ces remèdes à la pauvreté, à l’ignorance, à la délinquance, à la haine de l’autre et de soi, à la solitude des rues. Fabriquons-les ces potions contre la souffrance des enfants, des familles, l’exclusion, le chômage, la mauvaise formation, la non-formation, édictons-les ces justes règles, abrogeons-les ces mauvaises lois, modifions-les, ces lois imparfaites ; et surtout, inversons le rapport de force dans le combat social.
Voilà notre devoir. La voilà la raison d’être de notre Parti socialiste. Voilà pourquoi il fut fondé. Pour trouver de vrais remèdes contre la misère, contre la confiscation par quelques-uns du bien commun et du savoir, contre l’injuste répartition des richesses produites par tous et pour tous. Et aussi le nouveau défi contre le massacre au profit de quelques-uns de notre bien le plus unique, le plus fragile, le plus précieux : notre belle planète, comme vient de le dire Géraud Guibert.
Oui, le Parti socialiste a été fondé pour que nous, ses militants, nous luttions pour cela et accomplissions tout cela avec un cœur sincère, parce que lorsque nous nous retrouverons tous au travail, entre nous, l’estime reviendra. Et face à un tel chantier, nous aurons tant besoin les uns des autres que nous finirons bien par nous aimer un tout petit peu.
En tout cas, nous serons moins détestables à nos compatriotes, oui, moins détestables à ceux qui pensent que nous les avons abandonnés tant nous mettons de temps à cesser nos querelles et à revenir combattre à leurs côtés pour obtenir avec eux une vie meilleure pour certains, et pour tant d’autres, une vie qui serait simplement digne d’être appelée la vie.
Voilà le vrai combat du Parti socialiste. Il est immense, il est perdu, nous disent certains, il est terriblement simple : créer les conditions pour que le droit de réussir sa vie et de construire son bonheur ne soit pas réservé à quelques-uns mais soit garanti à tous.
Certes, le bonheur ne dépend pas que de l’action politique, mais le malheur, lui, fait son miel de nos impuissances et de nos confusions, le temps que nous gaspillons en joutes dérisoires, lui, le malheur le met à profit et il prospère.
Et puis, que pense-t-elle donc de nous, cette jeunesse à laquelle nous avons le devoir de transmettre le respect, la civilité, le vivre ensemble ? Que pense-t-elle de nous, notre jeunesse, à nous voir ainsi nous envoyer de vulgaires coups de boule ? Quel exemple nous lui avons donné parfois, nous dirigeants, nous élus de la Nation et fiers de l’être, et grâce aux militants, nous le sommes ?
Donc, cela commencera ainsi, nous nous parlerons, nous nous écouterons, et nous écouterons tous ceux qui nous aurons rejoint, car nous aurons immédiatement ouvert nos portes. Oui, sans crainte, nous ouvrirons les portes. N’ayons pas peur d’une invasion, n’ayons pas peur de je ne sais quelle inondation, c’est d’une irrigation vitale qu’il s’agira. Ne nous perdons pas, nous avons à transmettre autant qu’à recevoir, et comment briguer l’honneur et la charge de représenter le peuple si le Parti socialiste n’est pas massivement représentatif du peuple ?
C’est pourquoi nous maintenons qu’une cotisation à prix modique est une des conditions de la transformation de notre parti en grand parti populaire. C’est pourquoi nous maintenons que le don le plus précieux que les militants font au parti, c’est d’abord celui de leur temps et de leur talent. C’est le professeur qui va dans une association de soutien scolaire donner son temps, c’est le cadre qui va accompagner un jeune issu des quartiers à surmonter en le parrainant la discrimination dont il fait l’objet. Oui, nous ne voulons pas que le montant de la cotisation soit un obstacle à l’adhésion du plus grand nombre à notre parti.
Et puis soyons vrais, les ressources de notre parti ne sont pas menacées par cette proposition. Le PS reçoit 20 millions d'euros au titre du financement public des partis politiques, et surtout, il va falloir peut-être aller chercher ensemble l’argent là où il se trouve, car le Parti socialiste a payé depuis 2002 près de 8 millions d’euros de pénalités parce que nous n’avons pas respecté la loi sur la parité. Alors nous irons chercher l’argent où il se trouve en respectant la parité.
Car notre parti, pour revivre à l’action, doit être hospitalier à tous, tous les citoyens, les femmes, les anciens, les jeunes qui vivant en France, sans en être encore citoyens, aspirent à cette citoyenneté, bref, à toutes celles et ceux qui veulent participer à la France, à sa quête d’une société meilleure, à ces efforts pour être plus fraternelle au monde, et pourquoi ne pas oser le dire : plus maternelle aux plus démunis ?
Oui, nous écouterons aussi ceux qui ne nous aiment pas et qui frappent à des portes que nous n’aimons pas. Leurs cris doivent être entendus, leurs plaintes doivent être comprises, pas seulement en France, mais les cris du peuple du monde entier doivent résonner au sein du Parti socialiste.
Voilà ce que nous disons dans notre motion arrivée en tête, et tous les militants peuvent s’y reconnaître. Tous les militants peuvent se reconnaître car ceci se retrouve dans toutes les motions. Ce que je vais vous dire se retrouve dans tous nos textes, et forcément, puisque nous sommes tous socialistes, et ce que nous écrivons, c’est ceci : qu’est-ce qu’un parti, et en quoi est-il exemplaire, ce parti, s’il n’est pas plus enthousiaste, plus aventureux, plus audacieux, plus généreux, plus hospitalier aux idées et taux êtres, plus sincère et plus fraternel que la société qu’il prétend transformer ?
Il ne suffit pas de dire et de répéter à tout bout de champ que les citoyens doivent être respectés, qui oserait ouvertement prétendre le contraire ? Même parmi ceux qui ne leur prêtent jamais une oreille et encore moins la parole.
Non, il ne suffit pas de dire cela, ni même de le penser, il faut exiger que les citoyens soient mis dans la confidence politique. Il faut qu’ils aient droit à tout moment à l’information pédagogique indispensable qui seule leur permettra de devenir les analystes compétents, non seulement de leur propre situation, car ils le sont déjà, mais aussi des situations nationales et internationales ; qu’ils soient capables de déchiffrer les différentes stratégies, d’en discerner les raisons obscures ou inavouables et donc de les déjouer, ou au contraire d’en apprécier le patient courage et donc de les soutenir. Et pour permettre à chacun d’accéder à ces connaissances, nous devons créer une grande université populaire socialiste ouverte à tous.
Quel meilleur outil pour accomplir cela qu’un parti minutieusement, scrupuleusement précis dans l’expression et intellectuellement incorruptible dans la recherche de la vérité la plus complexe ou la plus désagréable à découvrir ?
Oui, un parti qui n’a pas peur des mots de vérité d’où qu’ils viennent, ni des marques de fraternité sincère d’où qu’elles viennent ; oui, un parti où une génération de femmes et d’hommes de tous milieux, de toutes origines, et de toutes régions, qui militent en son sein déjà depuis de nombreuses années doit enfin parvenir à se faire ouvrir la porte du poste de pilotage et être appelé à tenir la barre dans un esprit d’équipe et de concertation permanente. Nous avons besoin de leur dynamisme communicatif, de ces compétences, de leurs audaces, de leur fantaisie et même parfois de leurs erreurs, réparables, mais surtout de leurs ambitions pour la France et pour les générations qui viennent.
Un parti où de toute urgence de nouvelles enceintes, de nouvelles opportunités de débat doivent être inventées, instituées et offertes aux militants, à tous les militants, les anciens pour qu’ils nous fassent profiter de leur expérience et aussi de leur impatience, les nouveaux pour qu’ils y apportent leur jeune force, leurs espoirs, leur enthousiasme et leur vision du monde, et qu’ils s’y aguerrissent à l’expression et à la recherche politique. C’est comme cela que nous devons comprendre notre devoir de transmission.
Ce soir aura lieu la commission des résolutions, et comme vous l’avez dit, nombreux, à cette tribune, quelles que soient les motions qui ont été signées, nous avons l’effort, le courage à faire pour nous rassembler. Je voudrais aborder ici en toute transparence la question des alliances, et dire devant vous, les militants, ce qui se dit un peu dans le secret, nuitamment, de la commission des résolutions.
Puisque nous sommes là tous rassemblés, je vais dire devant vous ce que je dirai tout à l’heure, c’est la transparence démocratique. Entre nous, sommes-nous donc si faibles, si apeurés que la seule idée d’une alliance éventuelle dans trois ans nous jette hors de nous-mêmes, alors que certains parmi les plus enflammés la pratiquent déjà chez eux ?
Bertrand, je t’ai entendu tout à l’heure. Je ne doute pas de ta sincérité sur la question du refus des alliances avec le centre, et j’aimerais te répondre devant tous, en toute transparence. Et puisque tu as appelé au compromis, le compromis, c’est que chacun fasse un pas, voilà la proposition que nous ferons devant la commission des résolutions : il y aura une consultation directe des militants sur la question des alliances. Dès lors, cette question ne pourra plus servir de prétexte au refus du rassemblement autour de la motion arrivée en tête.
Cependant, pour que les choses soient claires et que nous cessions de nous donner mutuellement des leçons sur ce sujet, c’est d’ailleurs un exercice délicat pour ceux qui s’y livrent, je voudrais rappeler que les socialistes ont réuni la gauche lors de l’élection présidentielle de 2007, dès le premier tour. Christiane Taubira et Jean-Pierre Chevènement étaient avec nous. Au soir du premier tour, les communistes et les Verts, puis José Bové, Arlette Laguiller et Olivier Besancenot appelaient les électeurs à se réunir autour de nous. Dès lors, nous étions porteurs des idées de la gauche, du centre gauche et jusqu’à l’extrême gauche, de toute la grande et fraternelle famille de la gauche.
Qu’avaient-ils tous compris au soir du premier tour ? Etaient-ils tous subitement devenus socialistes ? Non. J’ai même l’humilité de savoir que certains parmi eux avaient critiqué, ou peut-être même pas lu le programme présidentiel. Mais ils avaient parfaitement deviné la vraie nature du Sarkozysme, et ils ne s’étaient pas trompés.
Je serai honnête et fidèle à ce que nous avons écrit dans notre motion. S’il faut aller chercher chez les électeurs qui disent ne se situer ni à gauche ni à droite, et respectons-les, cela doit être près d’un électeur sur trois, faut-il nous en priver pour mettre en échec des projets qui portent atteinte à la République elle-même ? Vous en voulez la liste ? Je vais vous la donner. Elle est loin d’être exhaustive compte tenu de ce que nous subissons.
Le fichier Edvige et le projet de confiscation des libertés individuelles, cela ne vaut pas un combat de tous les républicains ? La mise au pas de la justice, l’impartialité de l’Etat et la destruction du service public, cela ne vaut pas un combat de tous les républicains ?

La main basse, chaîne après chaîne, sur les médias liés aux puissances de l’argent, ça ne vaut pas un combat républicain ?
La mise en cause de la laïcité lors de l’invraisemblable discours de Latran, allant même jusqu’à évoquer une supériorité du religieux sur l’instituteur, ça ne vaut pas un combat de tous les républicains ?
Le mépris affiché de l’homme africain dans le désastreux discours de Dakar, ça ne vaut pas un combat de tous les Républicains ?
La lutte pour la dignité des travailleurs sans papiers, ça ne vaut pas un combat de tous les Républicains ?
Alors, je vous le demande à tous, faudra-t-il demander à ceux qui nous rejoindront, pour participer aux mobilisations démocratiques qui s’imposent et qui s’annoncent, leur demander un passeport de moralité socialiste ?
Ou alors, le jour venu, parce que le Parti socialiste sera devenu fort et ce grand parti populaire et démocratique, où des centaines de milliers d’adhérents nous rejoindront parce que nous aurons fait l’alliance de toutes les gauches, à ce nom-là, le jour venu, aurons-nous le courage de conduire la plus grande alliance nécessaire pour battre cette droite ? Un nouveau Front populaire, ça ne vous tente vraiment pas ?
Non, notre position n’a pas changé, et c’est pourquoi je le redis ici clairement devant vous, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté lors du vote de jeudi prochain, notre position n’a pas changé mais, je m’y engage, le jour venu, c’est vous les militants qui en déciderez.
Voilà pourquoi aujourd’hui  nous devons nous engager solennellement à offrir aux citoyens français le bon outil du changement. Pas un fortin étriqué de positions ratiocinantes, non, un véritable outil de reconquête démocratique du pouvoir, un grand parti démocratique et populaire. Tout cela à la fin se résume à humaniser le monde et, pour humaniser le monde et changer la France. Et, pour changer la France, changer la gauche. Et, pour changer la gauche, changer le Parti socialiste.
Voilà ce que cette nuit nous dirons à la commission des résolutions, cela et rien d’autre. Et cet exercice de transparence est salutaire, nous y venons sans arrogance. Nous n’y donnerons aucune leçon, comme nous demanderons ne pas en recevoir. Nous serons tous à égalité. Nous parlerons et nous écouterons sans aucune obsession. Si pardonnez-moi, une seule : les Français. Car voilà trop longtemps maintenant que la droite se gausse : les socialistes sont des imposteurs. Mieux, les socialistes sont morts. Et puis quoi encore ? Allons-nous nous laisser insulter, resterons-nous silencieux sous l’injure ? Non. Et être aussi rassemblés aujourd’hui, c’est déjà une réponse à la droite. Disons-le fièrement, nous sommes les socialistes.
Nous venons de Carmaux, nous venons de Fourmy et aujourd’hui de Gandrange, de Ford, des conflits de la CAMIF, de Renault Sandouville, de toutes les victimes de la férocité et de la voracité du profit qui a conduit à la crise financière. Nous venons de Jaurès et de Victor Hugo, de Léon Blum, de Mendès France et de François Mitterrand. Nous avons lutté avec les déshérités, nous avons instauré tous ensemble la République dans l’atelier, nous sommes les socialistes. Nous avons fait les congés payés, nous sommes la gauche.Nous venons de Jean Moulin et de Pierre Brossolette, de Bertie Albrecht, nous venons du Conseil national de la Résistance et de Daniel Meyer.
Nous avons aboli la peine de mort, c’est toi Robert Badinter. Nous sommes les socialistes, nous avons fait le RMI, c’est toi Michel Rocard. Nous avons fait la CMU, c’est toi Martine Aubry. Nous avons fait le PACS, c’est toi Lionel Jospin, nous avons fait tout cela, soutenus par le Parti socialiste, c’est toi François. Nous avons fait tout cela soutenus par les groupes parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et nous avons fait tout cela grâce aux dizaines de milliers d’élus locaux socialistes rassemblés dans des majorités de progrès sur tous les territoires de la Nation et n’oublions jamais que si nous, socialistes, nous avons l’immense responsabilité, l’immense honneur et l’immense joie de présider des Régions, des Départements, d’être à la tête des villes, c’est toujours et partout grâce aux militants de notre Parti socialiste.
Nous sommes les socialistes et nous étions déjà là le 14 juillet 1789. Nous sommes ceux qu’on croit dans la tombe et qui se lèvent, nous sommes ce qui renaît quant tout paraît perdu, nous sommes le socialisme, levons-nous, vertu et courage, car nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel. Nous sommes les socialistes, il reste tant à faire, faisons-le, nous sommes les socialistes tous ensemble.