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James K. Galbraith: La planification contre l'Etat prédateur

Né en 1952, James K. Galbraith est un économiste « hétérodoxe » proche de l'aile gauche du Parti Démocrate.

Il est le fils de John K. Galbraith, économiste keynésien qui fut le conseiller de plusieurs présidents démocrates (Roosevelt, Kennedy, Johnson).
Il parle couramment le français.

I.- Le père : John K. Galbraith (1908-2006)

Ce fut un critique éminent de la théorie néo-classique de la souveraineté du consommateur et de l'auto-régulation du marché.
Son plus grand ennemi : Milton Friedman, intégriste de la dérégulation.

3 notions-clefs :

  • la « filière inversée » (ce sont les entreprises qui imposent leurs produits aux consommateurs et non l'inverse) ;
  • la technostructure (contre l'ancienne classe des détenteurs de capitaux, une nouvelle catégorie forte de ses connaissances technologiques et organisationnelles a pris le pouvoir dans les firmes : les manageurs) ;
  • la légitimité de l'intervention de l'Etat (pour corriger l'impact des inégalités sur la baisse de la demande et sortir l'économie du sous-emploi) --> augmentation des impôts plutôt que diminution des dépenses publiques pénalisant les plus pauvres + équilibre des offres de biens privés/biens publics = intérêt bien compris des entreprises.

Longtemps inspîratrice des politiques démocrates américaines (tant que durait le compromis fordien), cette option sera historiquement défaite par la révolution néo-conservatrice Reagan-Thatcher.

II.- Le fils : James K. Galbraith contre « le politburo de la pensée économiquement correcte »

1) Repères biographiques

Diplômé de Harvard et de Yale, il est actuellement professeur à l'université du Texas (Austin). Ses travaux portent sur la macro-économie, le développement, les inégalités, l'histoire de la pensée économique.

Galbraith préside l'association internationale Economistes pour la paix et la sécurité (hostile, en particulier, à l'intervention en Irak).
Paru 3 ans plus tôt, son livre majeur, « L 'Etat prédateur » (The Predator State, « comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant ») a été traduit en français en 2009.

Il écrit régulièrement dans de nombreux journaux américains et y critique vigoureusement sa corporation qui n'a vu venir aucun désastre, s'oppose aux réformes et se résigne aux inégalités (« je suis membre d'une profession qui s'est discréditée »).

2) Positionnement

L'Etat Prédateur : ennemi résolu du monétarisme et de son apologie du libre-échange, des réductions d'impôts, de la lutte à tout prix contre l'inflation, du retrait de l'Etat car « toujours et partout, il conduit à la crise financière », Galbraith explique comment la droite a, en réalité, renoncé au marché libre pour se concentrer sur le contrôle de l'Etat à des fins d'accaparement privé. Elle a transformé les Etats-Unis en une vaste « République-entreprise » au service d'un seul objectif : rapporter le plus d'argent possible tout en garantissant une socialisation des pertes au cas où les choses tourneraient mal.

Cette prédation des institutions par les grandes firmes étrangères à toute notion d'intérêt public suppose une dérégulation à outrance. C'est, dit-il, comme si les responsables du transport aérien nous disaient : « on a supprimé les tours de contrôle mais n'ayez crainte, nos avions n'en ont pas besoin et le trafic s'auto-régule ». Personne ne monterait dans ces avions !
Mais dans la finance, où seuls les initiés (et encore...) maîtrisent les informations, beaucoup se sont fait avoir en méconnaissance de cause et ont subi l'implosion des bulles qui avaient permis l'enrichissement des banquiers.

Le mythe du marché : le « marché », comme équilibre naturel entre consommateurs et producteurs à égalité d'information, n'existe pas. C'est une fable qui invoque laconcurrence pour mieux maquiller la main-mise des intérêts privés sur la rente (y compris dans les domaines de la protection sociale, de l'éducation, de la sécurité). Au nom de cette fiction, des réglementations légitimes ont été taillées en pièces pour maximiser les profits des acteurs privés.

La planification : les marchés n'apportant pas de solution spontanée à la pauvreté, aux inégalités et à la crise écologique, Galbraith ne craint pas d'en appeler à la planification contre le règne des profiteurs de l'Etat et la pollution des intérêts privés. « Pour réguler, il faut planifier » car le marché est incapable de prévoir l'avenir. Exemple-type : la lutte contre le changement climatique qui suppose de prendre dès aujourd'hui des décisions répondant à des besoins futurs. Dans les entreprise, la planification, couramment pratiquée, n'est pas « un gros mot » --> l'Etat et les populations ont, eux aussi, le droit de prévoir et d'organiser l'avenir commun.

Hostile à la 3ème voie blairiste, Galbraith appelle « cette gauche qui s'est accroupie depuis 30 ans devant le catéchisme libéral » à se désintoxiquer et à ne pas se contenter de régulations vélléitaires.
Il estime que les déficits publics ne doivent pas être diabolisés s'ils permettent de créer des emplois, de combler le manque d'infrastructures et d'équipements sociaux, de relever les défis écologiques.

Critique d'Obama et des politiques actuelles de l'Europe : ils se sont engagés sur « une voie désespérée » de restauration du statu quo d'avant la crise. Au lieu de « rebâtir la vieille maison sur les mêmes fondations », qui créera à nouveau de la spéculation, il est temps d'affirmer et de mettre en pratique des idées hétérodoxes et volontaristes.
L'heure n'est plus au « TINA » (There Is Not Alternative, cher à Thatcher). Car le système qui permettait « aux riches de festoyer sur les décombres de systèmes conçus pour la classe moyenne » a fait la preuve de sa dangerosité planétaire : mieux vaudrait, pour le réformer radicalement, ne pas attendre la prochaine crise...

Les travaux de Galbraith offrent un cadre conceptuel pour une régulation financière qui extirpe les racines du mal. A condition, comme le dit Stiglitz à propos de L'Etat Prédateur, de « briser l'emprise magique des conservateurs sur les esprits de la gauche » et l'influence des lobbys financiers sur les politiques chargés d'inventer de nouvelles régulations préventives.

Fraude financière : elle est consubstantielle au système qui a implosé et certains continuent de la minimiser en la taxant de simple « polissonnerie » au moment où la
justice poursuit Goldman Sachs pour fraude. Les fraudeurs ont trouvé le moyen de « faire chanter le gouvernement » (si vous ne nous sauvez pas, tout s'effondre !).

C'est là que « crime et politique se rencontrent » car la crise financière, pour Galbraith, touche aussi au respect du droit et fait peser sur les Etats-Unis « une menace existentielle » : « ou le système judiciaire fait son travail, ou le système de marché ne pourra être rétabli. Il faut un nettoyage radical du secteur financier ». Il faut faire sentir aux responsables toutes « les rigueurs de la loi jusqu'à leur glacer le coeur afin que toute ambiguïté disparaisse aux yeux du public » et que le gouvernement retrouve sa confiance (témoignage de Galbraith devant le sous-comité sur le crime du comité judiciaire du Sénat américain, 4 mai 2010).

Galbraith met en avant le modèle scandinave et, dans une certaine mesure, européen pour en finir avec la hausse des inégalités et la compression des salaires, trop longtemps présentées comme le prix à payer pour accroître la prospérité générale. Il plaide pour la fixation de normes financières, sociales et écologiques.