Note de lecture : L'Afrique de Sarkozy, un déni d'histoire

Les notes de lecture que nous versons à ce dossier Sénégal en relation avec le voyage de Ségolène Royal sont des documents de travail à l'état brut.

Elles concernent quatre livres majeurs non seulement pour comprendre le scandale suscité en 2007 par le calamiteux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar mais également pour prendre la mesure de la riche histoire de l'Afrique, bien antérieure à la colonisation comme l'a rappelé Ségolène Royal à Dakar lundi 6 avril 2009.

Ces fiches ne portent pas sur l'entièreté de ces ouvrages et la totalité de leurs auteurs.



Ce sont, au fil de la lecture, des choses relevées de manière subjective mais qui m'ont paru particulièrement éclairantes et qui aident à porter sur l'Afrique un regard affranchi des vieux préjugés.

Ces notes privilégient l'histoire africaine et la révolte des historiens, laissant de côté nombre de remarquables et savoureuses déconstructions du texte sarkozyen.

Ceci n'est donc qu'un aperçu du riche contenu de ces quatre livres que nous vous encourageons à lire car ils sont tous passionnants !



L'Afrique de Sarkozy, un déni d'histoire,
ouvrage collectif sous la direction de Jean-Pierre Chrétien, Khartala,
2008, 200 pages.




- Introduction : « Par-delà un discours présidentiel »


Par Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherches émérite au CNRS, ancien directeur du Centre d'étude des mondes africains de l'Université de Paris I.

A rapprocher du discours de Dakar : les tests ADN ; l'Arche de Zoé comme ahurissant mépris de la parenté africaine ; aspects «positifs» de la colonisation ; crise des banlieues 2005 imputée aux jeunes d'origine africaine (et aux familles polygames par Helène Carrère d'Encausse !).

Atteintes à la cohérence du regard porté par notre pays sur le monde et sur lui.

Notre identité en mouvement comporte sa part d'Afrique.

Immense colère après Dakar de tous les historiens et chercheurs qui travaillent sur l'Afrique. Rappel du combat des intellectuels africains contre l'aliénation indigéniste aux lendemains des indépendances. Refus de l'afro-pessimisme.

L'histoire africaine n'a pas commencé avec la conquête coloniale, jamais le passé africain ne fut immobile : c'est dans la tête des Français que l'Afrique n'est pas entrée dans l'histoire ! L'Afrique n'était pas une friche à civiliser par un Occident s'affranchissant sur place de ses propres règles.

Refus de l'ingérence humanitaire compassionnelle.

Rappel de Hegel dans La Raison dans l'histoire : théorisation de l'infériorité racialisée (repris par beaucoup d'auteurs car emblématique).

Rappel de la vive critique par nombre d'intellectuels africains de la phrase malheureuse de Senghor « l'émotion est nègre, la raison est héllène » (repris par beaucoup d'auteurs) : métaphore essentialiste et fixiste qui continue de lui être reprochée (jamais Césaire n'aurait dit ça).

Faux dualisme structurel Tradition/Modernité. Les notions de progrès, de changement, de valeurs universelles déjà présentes dans les cultures de l'Afrique dite traditionnelle.

Important de déconstruire les schémas et la propension à couvrir du voile de l'originalité les idées reçues = bréviaire du mépris.

La jeunesse française (dans son entier) a besoin de connaître l'Afrique malheureusement absente des programmes scolaires (cf. ci-dessous) car cette méconnaissance fait le lit de l'humiliation des uns et des préjugés des autres + handicap pour leur compréhension/représentation du monde passé et présent.

Césaire : ce qui prime n'est pas le devoir de mémoire mais le droit à l'histoire (position de la lettre de Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy en 2005).



- « Y a pas rupture, patron ! »

Par Jean-François Bayart, directeur de recherches au CNRS / CERI Sciences po

Sarkozy n'a même pas prononcé le nom de l'université Cheikh Anta Diop et évoqué le rôle fondateur de ce grand historien. 50 ans d'historiographie ignorés ! Or les sociétés africaines ont une histoire très ancienne, elles ont véhiculé des valeurs universelles (OLAJU = Lumières en yoruba du Nigéria).

L'immigration est aussi une soif d'aventure, le contraire de l'immobilisme.



- « L'Afrique, un village sans histoire ? »

Par Jean-Pierre Chrétien

Cite lui aussi Hegel (Achille Mbembe en a analysé l'ombre portée sur le 19è siècle).

Vieille tradition de négation de l'historicité africaine.

Joseph Ki-Zerbo :oeuvre fondatrice « Histoire de l'Afrique Noire », 1971, (voir le bel article de notre ami Salim Abdelmajid pour Esprit d'août-septembre 2007 : « Joseph Ki-Zerbo : le Savant, le Politique et l'Afrique »).

Une des plus grandes civilisations impériales (Egypte pluri-millénaire) : sur le continent africain.

L'espace subsaharien (du temps où il était humide et verdoyant : entre 10.000 et 3.000 avant notre ère) : y apparaissent les premières formes d'exploitation des céréales, de domestication des bovinés, les plus anciennes céramiques du monde. Innombrables adaptations créatrices aux variations du climat : ces paysages dits « naturels » ont été façonnés par l'homme depuis des millénaires. Pratiques agricoles décriées à tort par l'agronomie coloniale (longues jachères, cultures associées redécouvertes aujourd'hui) ont créé des terroirs complexes.

Aveuglement néo-colonial : la polyculture vivrière des Grands Lacs a été traitée de « cueillette » par des experts coopérants français dans les années 60 ! La métallurgie fine (fonte du fer) apparaît dès la fin du 7è siècle avant notre ère : ingéniosité des forgerons occultée comme savoir-faire par ethnologues au profit du seul versant rituel et mythique.

Grands empires du Sahel (Ghana, Mali, Songhaï) valent bien les Carolingiens ! Royaumes, Cités-Etats : complexité institutionnelle et vie politique. Commerce lointain. Tombouctou la magnifique décrite par Ibn Battuta 14è siècle, Léon l'Africain 16è, René Caillé 1828. Chroniques héroïques en ont transmis la mémoire.

Traite esclavage : ponction démographique pendant au moins 12 générations. Résistances.

Motivations de la conquête : effacer défaite Sedan par grandeur France, crise économique et sociale donc peur des classes dangereuses expédiées conquérir outre-mer. Paradoxe : au nom des valeurs de liberté et de progrès (les « humanitaires » de l'époque). Cette contradiction domination réelle/idéaux affichés --> double langage obligé et perte du sens des mots, égalité impossible à penser.

« Modernité » sauce coloniale dans un contexte de dénigrement systématique de l'avant, du paysan « primitif » dont l'avis est réputé sans intérêt puisqu'il est forcément ignorant. Culture de rente dans un cadre disciplinaire : l'économie coloniale ne veut qu'une main d'oeuvre à bas prix pour ses plantations, ses mines, ses travaux publics (travail forcé).

Problème : la rupture du cordon colonial avec la métropole (indépendances conquise et pas octroyées) n'empêche pas la continuité des représentations.

Travail forcé et Code de l'Indigénat abolis fin des années 40. Loi cadre 1956. Importance des mouvements syndicaux pour l'égalité des droits dans le travail.

Problème du Musée Branly « arts premiers »: déni d'histoire majeur ! Les dates = celles de l'entrée des objets au Musée, pas datation des oeuvres et situation dans histoire africaine. Beau bâtiment (Nouvel), belles collections, pauvre Afrique (idem Océanie) !

Importance de Cheikh Anta Diop « Nations nègres et culture » (1955) : sujet de thèse refusé par la Sorbonne deux ans plus tôt car renverser le regard africaniste traditionnel était trop iconoclaste mais best-seller et point de départ nouveau regard.

En finit avec les légendes européennes sur l'Afrique. Importance de l'admission des sources orales comme valables (vision antérieure : avant l'écriture = préhistoire).

Grande « Histoire générale de l'Afrique » Unesco..

La première génération d'historiens africains : donner ses lettres de noblesse au continent à travers sa « grande » histoire (axes commerciaux transcontinentaux, villes, royaumes, empires, héros) en liaison avec luttes pour l'indépendance.

A partir des années 70-80 : élargissement du questionnement dans le sens d'une histoire plus globale et plus fine des sociétés. Importance majeure de la contribution des enseignants-chercheurs africains. Joseph Ki-Zerbo pionnier de la diffusion de cette nouvelle écriture du passé du continent. Mais incroyable mépris à l'égard des travaux scientifiques africains.

Paradoxe d'une culpabilité coloniale conduisant à l'arrogance humanitaire : (après le tiers-mondisme et ses solidarités militantes, ses illusions aussi), retour de la philanthropie civilisatrice.

Persistance de l'idée que l'Afrique n'aurait d'histoire que celle de ses maîtres = rôle utile au narcissisme occidental. Mais déni d'histoire de l'Afrique = déni de réalité face à notre situation 21è siècle (inquiétudes sur notre place dans le monde actuel et plus encore à venir, symptôme de notre marginalisation).



- « L'intarissable puits aux fantasmes »

Par Achille Mbembe, professeur d'histoire et de science politique à l'Université du Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud, directeur de recherche au Witwatersrand Institut for Social and Economic Research, enseignant à Duke University, Etats-Unis

« Ces certitudes dont l'Occident s'est doté dans son effort pour s'inventer une Afrique conforme à ses propres obsessions » (l'autre comme irrationnel donc nous comme raison). « Miroir vertigineux dans lequel la France officielle ne voit jamais rien d'autre que le reflet de ses propres fantasmes ».

Rapports franco-africains = « l'éblouissante stérilité de ce rapport sans relation ».

Tradition d'occultation, volonté d'ignorance.

Connaissance sans reconnaissance n'est pas une connaissance car elle se prévaut d'une autorité pour dire à sa place ce qu'est l'autre = peurs françaises, impuissances cachées. « L'objet imaginaire a fait irruption dans la vie psychique de l'Occident avec la Traite ».

La sympathie des « Amis des Noirs » (abolitionnistes 18è) a chuté après l'insurrection des esclaves à Saint Domingue et leurs révoltes à la Guadeloupe.

Faute d'assumer de partager un monde commun, c'est « l'Afrique de nos fantaisies, mi-bucolique, mi-cauchemardesque ».

« Passion de l'ignorance qui se prend pour du savoir ».

Heureusement que la majorité des Africains ne vivent pas en France et ne cherchent pas à y émigrer ! Car la stigmatisation des étrangers est la pierre d'angle du nouveau conservatisme français et de sa violence d'Etat.

L'opinion africaine fait de plus en plus le lien entre la conduite de la France en Afrique / à l'égard des Français d'origine africaine / à l'égard des étrangers avec ou sans papiers.

Pour refonder les rapports de la France et de l'Afrique : mémoire de la responsabilité.

Un « projet de déclosion du monde ».

Pas une affaire de ressentiment ou de repentance mais de responsabilité devant soi, d'héritage assumé, conditions de la réconciliation. cf. Glissant sur les identités-relations et non les identités-racines. cf. cinéaste Ousmane Sembène

Le centre du monde n'est plus ce qu'il était : « la France doit trouver un langage nouveau pour se dire et dire le monde ». Si la France continue de proclamer sa vocation universelle tout en restant enferrée dans le nationalisme mental, elle n'intéressera pas le monde.

L'Afrique est le continent le plus hybride, le plus diasporique, le plus cosmopolite.



- « Un enseignement ouvert au monde ?  Carences françaises et frustrations des mémoires »

Par Pierre Boilley, professeur d'histoire contemporaine de l'Afrique à l'Université de Paris I et directeur du Centre d'étude des mondes africains6CEMAF-CNRS

« L'étourdissant silence de l'enseignement français concernant le continent africain », absence de l'Afrique de tout le système éducatif : programmes scolaires, formation des profs, recherche et université --> rejaillit forcément sur l'image qu'ont les Français de l'Afrique et les frustrations des jeunes Français venus d'ailleurs qui ne reçoivent qu'un enseignement européo-centré (problème en réalité pour tous les jeunes Français car entrave leur compréhension du monde qui fut, qui est, qui vient).

1)  Le secondaire : Afrique négligée cf. analyse des instructions pédagogiques en histoire (Inspection générale).

- 6è : Antiquité étudiée mais conception traditionnelle de l'Egypte ancienne comme seulement méditerranéenne (liée à civilisations grecque et romaine) et sans liens de la Haute Egypte avec ses racines africaines.

- 5è : Le Moyen-Age et les débuts des temps modernes (9è, 13è, 16è siècles) en Occident seulement ; l'Islam n'est abordé que sous l'angle de sa confrontation avec l'Occident chrétien ; le premier fait colonial ne fait l'objet que d'une illustration cartographique.

- 4è : Monarchie absolue, période révolutionnaire et 19è siècle au programme, temps du « partage du monde » : la colonisation n'est vue que de et par l'Europe. La première carte d'Afrique date de 1815 et ne fait apparaître que les points d'appui côtiers européens (le reste = grand vide !). La seconde carte (1915) est celle de la colonisation. L'histoire africaine, les empires, les Etats pré-coloniaux ? Absents : l'histoire ne commence qu'avec la conquête.

- 3è : il s'agit d'étudier le 20è siècle pour « faire comprendre l'histoire du monde » : la seule mention de l'Afrique est un vague renvoi à la décolonisation.

Voilà, au collège, les seuls repères fournis aux enseignants. Avec une fois mention de l'Afrique à propos de la guerre d'Algérie.

- Seconde : « compréhension du monde contemporain », vaste sujet mais chronologie s'arrête en 1850 : ni colonisation ni colonisation. Vague mention de « la diversité des civilisations » mais pas de billes sur l'Afrique.

- 1ère et Terminale ES et L : « L'Europe et le monde dominé » : échanges, colonisation, confrontations = diversification du 1/3 monde, indépendances, contestations de l'ordre mondial : l'Afrique n'est pas citée mais « englobée ».

- 1ère et Terminale S : la seule on on parle plus explicitement de colonisation et d'indépendance.

Conclusion : malgré une modeste ouverture ces dernières années, pendant 7 ans au mieux 10 h pour entrevoir l'histoire du monde mais toujours par le biais de la France et de l'Europe : « jamais l'Afrique n'y est étudiée pour elle-même », zéro réalisations et zéro apports ! Tant mieux car... les enseignants n'y sont pas formés.

2) L'Agrégation d'histoire : la preuve par 20 ans de sujets d'agrégation d'histoire (marginalisation, quasi-absence). Seulement concours 93-94 un peu d'expansion coloniale dans étude 16è-18è siècles mais « territoires extra-européens exclus » ; 94-95 l'histoire de l'Europe en Afrique puis 2006-2007 en histoire ancienne (l'Afrique... romaine). Quand, d'autres années, il y est fait allusion, il est précisé qu'en est exclue l'histoire des empires coloniaux et qu'il n'y a pas lieu « d'entrer dans les détails ».

L'Afrique, donc, seulement en filigrane, vue de France et d'Europe.

3) L'Université : rien à voir avec les facs anglo-saxonnes ! Misère de l'africanisme universitaire. Nos départements d'histoire sont concentrés sur France, Europe, Etats-Unis. Seulement une dizaine de profs d'université et quelques directeurs de recherches CNRS, 3 labos + un ne faisant pas que ça. Faiblesse du dispositif empêche vulgarisation qui serait utile au débat public.

Pire : les recherches sur l'Afrique doivent « justifier » leur utilité en invoquant le « développement ». Quand on étudie les cathédrales du 13è siècle ou le mouvement ouvrier du 19è, pas besoin de prétendre que ça aidera le « développement » économique français !

Cette méconnaissance à tous les niveaux de l'histoire de l'Afrique entretient le mythe d'une Afrique sans histoire, laisse le champ libre aux mémoires et empêche le devoir d'histoire. Pour les descendants d'Africains qui constituent une partie du public scolaire : un manque, une humiliation --> l'histoire enseignée à l'école n'est pas celle de tous, pas une histoire universelle, pas une ouverture sur le monde.



- « L'histoire vue d'Afrique, enjeux et perspectives »

Par Ibrahima Thioub, professeur d'histoire à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar et directeur du Département d'histoire de la Faculté des lettres et Sciences humaines ; membre du bureau de l'Association des historiens africains et rédacteur en chef de la revue Afrika Zamani

Nous partageons avec la France et l'Occident plus de 5 siècles de circulation, libre ou forcée, des hommes, des idées, des objets.

Hommage à l'école historique de Dakar.

Les silences, les oublis, les refoulements ne sont pas des antidotes au traumatisme historique et à la cristallisation «victimes/bourreaux».

La contre-mémoire du mouvement anti-colonialiste a eu le mérite de renverser les termes de l'historiographie coloniale mais là est aussi sa limite : s'inscrire, en en prenant le contre-pied, dans la même logique. L'effritement du consensus dans les mouvements de libération et la crise des Etats-nations nés de l'indépendance ont ouvert d'autres voies. Il était normal que la première tâche historique des pères fondateurs de l'historiographie africaine ait été cette déconstruction, selon 2 voies :

* expliquer la perte de l'initiative historique par la trahison de ses élites (question des « collabos » autochtones durant la Traite et la colonisation)

* rattacher la société africaine à l'antiquité pharaonique, antérieure à l'Antiquité méditerranéenne et gréco-romaine.

Il fallait renouer les fils d'une histoire digne d'être célébrée, avec ses grandioses constructions étatiques, ses multiples exemples de présence africaine dans le monde, son inversion de la légende noire en légende dorée mais ce fut souvent en s'évertuant à trouver en Afrique, terme à terme, des éléments de civilisations supérieurs ou en tout cas systématiquement antérieurs montrant l'Afrique institutrice du monde. Cheik Anta Diop remit sur sa base la pyramide renversée par l'histoire coloniale et mis à jour beaucoup de faits historiques avérés mais occultés, dans une démarche où passé glorieux et discours nationaliste s'épaulaient.

1972 à Dakar : congrès constitutifs de l'Association des historiens africains, panafricanisme alors largement partagé, volonté d'harmoniser la formation de la jeunesse africaine en l'enracinant dans un passé dont elle puisse être fière, promotion de la collaboration entre chercheurs africains, publications scientifiques dont revue Afrika Zamani.

L'Ecole historique de Dakar : des débats et des courants. Thèse 1955 Abdoulaye Ly sur la Compagnie du Sénégal 1673-1696. A la même époque, Cheikh Anta Diop soumet à la Sorbonne une thèse d'égyptologie (qui donnera deux ans plus tard le livre-culte « Nations nègres et culture ») où il pose les premiers jalons d'une parenté génétique entre la civilisation pharaonique de la vallée du Nil et les sociétés africaines du sud du Sahara : refusée car scandaleuse. C'était le temps où le cursus des historiens africains était défini par les Universités françaises de rattachement. Vers le milieu des années 60, des chercheurs français, à leur tour « révolutionnent » l'académisme dominant. C'est le temps de la critique des « savoirs » coloniaux, de la reconnaissance des sources orales (auxquelles Cheikh Anta Diop n'a pas recours).

Défis originels de cette histoire africaine :

- réintroduire l'Afrique dans le champ de l'historicité sans déroger aux règles académiques construites pour un modèle historique européo-centré ;

- affirmer cette histoire comme celle des Noirs

- lier combat historique et combat national. Cheikh Anta Diop relève ces défis avec le souci de souscrire aux canons scientifiques et de rompre avec une réduction de l'historicité africaine aux impulsions venues de l'extérieur (arabo-islamique avant le 15è siècle, européenne après). Il réfute l'antériorité de l'Antiquité méditerranéo-occidentale et affirme l'égalité de valeur (spirituelle, matérielle) des anciennes civilisations africaines. La démarche reste fondatrice, le détail de certaines affirmations toujours sujet à débats.

- A. Ly cherche, lui, l'origine de la position subalterne des sociétés africaines dans l'architecture contemporaine du monde : tout s'est noué à travers la connexion capitaliste des 3 continents par l'Atlantique.

- Nourri par les déceptions des indépendances, essor de l'histoire marxisante et des théories « dépendantistes ». L'Ecole de Dakar est l'épicentre de ce vaste mouvement intellectuel.

- Débat sur la Traite : seule responsabilité européenne ? Complicité des élites qui ont servi de relais pour défendre leurs intérêts ? Résistances ? La colonisation comme perversion imposée du dehors à des sociétés jusque là harmonieuses et sans conflits (sociaux, politiques) ? Trahisons autochtones ou stratégies d'accommodation forcées à la domination ? Pluralité théorique aujourd'hui.

Proposition : plutôt que siphonner les cerveaux, favoriser la circulation entre pôles scientifiques renforcés France/pays africains pour étudiants, enseignants, chercheurs.

Pas de concentration dans un pôle au nord mais un réseau constamment irrigué.