| 09 Avril 2009
Les notes de lecture que nous versons à ce dossier Sénégal en relation avec le voyage de Ségolène Royal sont des documents de travail à l'état brut.
Elles concernent quatre livres majeurs non seulement pour comprendre le scandale suscité en 2007 par le calamiteux discours de Nicolas Sarkozy à Dakar mais également pour prendre la mesure de la riche histoire de l'Afrique, bien antérieure à la colonisation comme l'a rappelé Ségolène Royal à Dakar lundi 6 avril 2009.
Ces fiches ne portent pas sur l'entièreté de ces ouvrages et la totalité de leurs auteurs.
Ce sont, au fil de la lecture, des choses relevées de manière subjective mais qui m'ont paru particulièrement éclairantes et qui aident à porter sur l'Afrique un regard affranchi des vieux préjugés.
Ces notes privilégient l'histoire africaine et la révolte des historiens, laissant de côté nombre de remarquables et savoureuses déconstructions du texte sarkozyen.
Ceci n'est donc qu'un aperçu du riche contenu de ces quatre livres que nous vous encourageons à lire car ils sont tous passionnants !
Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du Président Sarkozy, ouvrage collectif sous la direction d'Adame Ba Konaré,
La Découverte, 2008, 347 pages.
- Préface : « Ce que sont ces étranges amis de l'Afrique »
par Elikia M'Bokolo, directeur d'études à l'EHESS
L'abbé Grégoire est l'un des rares abolitionnistes à créditer l'Afrique d'une histoire et d'une culture d'avant l'esclavage.
Pas Victor Hugo : « D'un côté, toute une civilisation, et de l'autre toute une barbarie (...). Allez au Sud. Est-ce que vous ne voyez pas le barrage ? Il est là, devant vous, ce bloc de sable et de cendre, ce monceau inerte et passif qui depuis six mille ans fait obstacle à la marche universelle. Ce monstrueux Cham qui arrête Sem par son énormité, l'Afrique (...). L'Afrique n'a pas d'histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l'enveloppe (...). Cette Afrique farouche n'a que deux aspects : peuplée, c'est la barbarie ; déserte, c'est la sauvagerie (...). Rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra. Allez, peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu donne l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. » (18 mai 1879, banquet pour la commémoration de l'abolition de l'esclavage sous la présidence de Victor Hugo).
Cheikh Anta Diop sera l'un de ceux qui mèneront le grand combat contre la falsification de l'histoire.
La France est un terrain de lutte décisif pour tout ce qui concerne la relation (traite, esclavage, colonisation, néo-colonialisme) avec l'Afrique. Il y a eu des victoires (loi Taubira 2001) et des rechutes (aspects « positifs » de la colonisation 2005, singulier Ministère associant identité nationale, immigration, co-développement). Et aussi la racialisation de la révolte des banlieues en 2005.
Aujourd'hui, en France, aux Etats-Unis, au Brésil, au Vénézuéla, en Colombie, en Inde : des mouvements de réévaluation du passé en intégrent la part africaine.
Le Brésil de Lula a adopté en 2003 une loi qui rend obligatoire l'enseignement de l'histoire et de la culture africaines ainsi que celle des Afro-descendants dans toutes les écoles primaires et secondaires publiques et privées.
Depuis une cinquantaine d'années, de très nombreux travaux mais qui restent malheureusement confinés dans les rayonnages.
- Introduction
Par Adame Ba Konaré, historienne, ancienne première dame du Mali, présidente-fondatrice du Musée de la femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage
Le discours de Dakar est malheureusement dans l'air du temps d'une certaine intelligentsia adepte du déni d'histoire.
Pourtant, on sait aujourd'hui que l'histoire ne commence pas avec l'écriture.
Le courant des Annales (Braudel, Marc Bloch) s'est constitué contre le réductionnisme de l'école historique traditionnelle.
Joseph Ki-Zerbo (1er agrégé d'histoire africain) a magistralement établi l'ancienneté et la richesse de l'histoire africaine (l'Afrique berceau de l'humanité).
Fondée au lendemain de la 2è guerre par le sénégalais Alioune Diop, ami de Césaire, la maison d'édition Présence Africaine a joué un rôle majeur de promotion de l'histoire et des cultures noires.
Dakar fut et reste une pépinière d'historiens africains de grande renommée.
Des historiens africains de premier plan enseignent aujourd'hui aux quatre coins du monde.
On sait, grâce à eux, qu'une civilisation urbaine s'est établie en Afrique plusieurs siècles avant notre ère (Axoum en Ethiopie, Djenné-Djeno au Mali, dans la Nubie chrétienne, à Carthage). De grands empires médiévaux ont été créés au Soudan occidental (Ghana, Mali, Songhay). Intense trafic trans-saharien. Des souverains, des intellectuels. Tombouctou a rassemblé une intelligentsia musulmane qui cultivait la paix et, pour le manifester, avait remplacé l'arme blanche par un pacifique bâton.
Celles et ceux qui luttent au jour le jour dans le secteur informel ou ces jeunes qui bravent la mer pour émigrer coûte que coûte montrent leur volonté de prendre leur destin en mains. Le colonialisme a longtemps hésité avant d'introduire des cours d'histoire dans les écoles françaises d'Afrique de peur que le récit de la Révolution et de la prise de la Bastille ne donne des idées aux « indigènes » !
La colonisation fut un système d'assujettissement, de destruction économique, sociale et culturelle qui, venant après la Traite, freina la marche interne de l'Afrique en instaurant son ordre, dressa les chefs les uns contre les autres, imposa le régime de l'Indigénat. Il sépara des entités ethniques et culturelles séculaires dont il rigidifia les contours, auparavant plus souples, et qu'il utilisa les unes contre les autres, faisant le lit des guerres fratricides ultérieures. Il détourna les paysans des cultures vivrières au profit des cultures d'exportation, signant un des actes fondamentaux des pénuries céréalières ultérieures.
Dignité : c'est en son nom que tous les peuples se révoltent et que ceux d'Afrique le firent.
Défis à relever : la faim et la pauvreté, un environnement sain et l'eau potable, la fracture numérique, l'éducation et la formation, les soins et les maladies endémiques, l'accès des femmes et des paysans à la terre et au crédit.
- « Un essai de périodisation de l'histoire africaine »
Par Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite à l'Université de Paris VII
Contre la fausse périodisation temps pré-colonial/colonial/indépendances (quelques millénaires, quelques siècles, quelques décennies !).
Fige une supposée « tradition » alors qu'accumulation de modernités passées : la modernité était entrée en Afrique avant la colonisation qui en fut une accélération traumatique.
Afrique = l'histoire la plus ancienne du monde, beaucoup d'influences extérieures absorbées au long cours, échanges longue distances, migrations multiples.
Catherine Coquery-Vidrovitch pointe, comme beaucoup d'auteurs des livres de riposte au discours de Sarkozy, le texte de Hegel 1822 dans « La Raison dans l'Histoire » sur l'Afrique comme monde « anhistorique », prisonnier de l'esprit naturel et encore au seuil de l'histoire de l'universel, ce que démentent tous les travaux sur la préhistoire et l'histoire de l'Afrique (céramiques datant de 9.500 avant notre ère soit 2000 ans avant leur apparition au Proche-Orient, métallurgie du fer dès 14ème siècle avant notre ère, etc.).
Universalité des valeurs et idéal d'humanité dans l'Afrique ancienne, attestés par les récits des voyageurs et explorateurs. Sociétés complexes, systèmes politiques variés, vertus à l'honneur non seulement privées mais universelles : justice, solidarité inter-générations. Ségou décrit comme opulence et civilisation --> l'Occident n'a pas le monopole de l'universel --> « révolution copernicienne » à laquelle appelait Césaire qui (dans sa lettre à Thorez lors de sa démission du PC) refusait « l'habitude de faire pour nous, de disposer pour nous, l'habitude de penser pour nous, bref l'habitude de nous contester le droit à l'initiative qui est, en définitive, le droit à la personnalité ».
Savoir ancien d'anticipation et gestion des crises de subsistance + stratégies d'adaptation aux variations climatiques alors qu'on présente encore les famines comme résultat d'une ancestrale imprévoyance populaire. L'Europe a la mémoire courte : famine irlandaise 1840 (1,5 million de morts + 1,5 million d'émigrants aux Etats-Unis et ailleurs ressemble aux famines sahéliennes : le colonialisme britannique l'attribua à l'indolence et l'inaptitude des Irlandais au progrès). En Afrique, la gestion coloniale des stocks alimentaires a fait fi des savoirs autochtones ; non associées, les populations ne se reconnaissent pas dans les décisions coercitives prises « pour leur bien ».
- « Le paradigme de l'opposition Tradition/Modernité »
Par Doulaye Konaté, archéologue et historien, ancien recteur de l'Université de Bamako, président de l'Association des Historiens Africains
Malgré sa prétention universalisante, la modernité occidentale reste attachée à ses racines. Paradoxe d'une société africaine qui n'a cessé d'évoluer mais que le regard occidental a figée dans une permanence de « continent déficitaire ». Contestation de son aptitude à inventer elle aussi des marqueurs civilisationnels. La fondation de l'Empire du Mali fut une rupture endogène avec la tradition ! La vision coloniale du progrès = le « développement octroyé » (en réalité mise en valeur au bénéfice exclusif de la métropole) --> on comprend que cette modernité importée et violente ait suscité de la méfiance. «Invention de la tradition» par la colonisation, avec étanchéisation des ethnies.
Ce n'est pas fini --> Joseph Ki-Zerbo : « L'Europe continue de se voir principalement dans le miroir du 19è siècle ».
- « Visions françaises de l'Afrique et des Africains »
Par Pierre Boilley, professeur d'histoire à l'Université de Paris I et directeur des Centres d'études des mondes africains
Complexe de supériorité des Occidentaux --> l'Afrique objet d'ingérences humanitaires peu regardantes (Arche de Zoé : peu importe que les enfants aient été soudanais ou tchadiens, avec ou sans parents, puisqu'il allait de soi qu'ils seraient plus heureux en France !) car l'intime conviction continue de prévaloir qu'il faut des cerveaux blancs pour la mettre dans le droit chemin.
Quand la Belgique se déchire entre Wallons et Flamands, on ne parle pas d'ethnies mais on convoque l'histoire de la domination des uns sur les autres pour éclairer leur conflit (social, politique, linguistique...).
Vogue actuelle de l'afro-pessimisme : Afrique de tous les malheurs.
Sortir de la vulgate des clichés et changer le regard en tirant parti des abondants travaux des chercheurs africains et occidentaux qui n'ont pas attendu Sarkozy pour travailler ensemble.
A faire en France : ouvrir nos Universités au recrutement (y compris à des spécialistes africains que les universités anglo-saxonnes accueillent davantage) sur des postes d'histoire de l'Afrique (faible ouverture de notre système académique aux autres aires) + des sujets sur l'Afrique aux concours + politique de visas sans contrainte pour favoriser la circulation des chercheurs et universitaires + des labos et masters communs = il ne s'agit pas d' « aider » car c'est notre intérêt commun !
- « Le Musée du Quai Branly ou l'histoire oubliée »
Par Catherine Coquery-Vidrovitch
Les historiens n'ont quasiment pas été consultés d'où ce malentendu fondamental : un eurocentrisme et une ignorance d'un autre âge ! Définition problématique des « peuples premiers », cf. Ministre Léon Bertrand pour qui ils auraient « un même système de valeurs, un même principe de pensée, c'est à dire de vie en commun et en harmonie avec leur environnement, le plus proche possible des origines » = le bon sauvage ! Réponse cinglante de Samuel Sidibé, directeur du musée de Bamako : «en Afrique, nous ne nous reconnaissons pas dans ces termes».
Le musée part d'un bon sentiment mais tombe dans les poncifs d'un âge d'or pré-colonial « baignant dans le sacré et la communion avec la nature » (sic). D'autant plus ahurissant que la majorité des oeuvres présentées datent de la période immédiatement pré-coloniale ou coloniale voire post-coloniale. L'art occidental aussi mélange le sacré et le profane, il n'en est pas « premier » pour autant. L'art africain est aussi vivant et évolutif que les autres. Les masques africains ne sont pas moins dans l'histoire que les crucifix en tous genres.
Quel message de cette intemporalité ignorante et artificielle ? Fournir au public français le miroir esthétisant de ses fantasmes sur l'Afrique sans histoire et son primitivisme ? Les « arts premiers » sont une invention occidentale ; l'Onu, plus sage, parle de « peuples autochtones », lesquels sont souvent issus de migrations au long cours qui attestent qu'ils ont... une histoire.
Il paraît qu'on demanda à l'attaché culturel de l'ambassade de France au Mali de trouver des spécimens de «peuples premiers» pour les montrer au public dans le musée du même nom...
Le Musée du quai Branly retarde sur la muséographie mondiale du Nord et du Sud. Jamais aux Etats-Unis un musée culturel n'aurait élaboré son projet sans des représentants de la culture en question. L'Afrique compte de grands conservateurs auxquels on n'a pas fait appel. Enarques et collectionneurs ont fonctionné entre eux = résultat à côté de la plaque = sous la modernité architecturale, la vieille pensée africaniste, et sa vision captive de l'éternelle répétition de la bibliothèque coloniale. Le refus de savoir est un refus de reconnaissance et le déni du droit des Africains à la représentation de la subjectivité.
- « Apologie coloniale, usages de l'histoire et identité nationale : sur la rhétorique de Sarkozy »
Par Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en sciences politiques et philosophie politique à l'Université d'Evry-Val d'Essonne
(auteur, entre autres ouvrages, d'un livre terrible sur les violences de la conquête française : « Coloniser, exterminer. Sur la guerre et l'Etat colonial » où il situe dans la période et les méthodes de la colonisation initiale les origines des guerres totales, exterminations de masse incluses, qui s'abattront sur l'Europe. Rapprochement que faisait déjà Césaire)
Importance, après la défaite humiliante de Sedan, du redéploiement triomphal du drapeau outre-mer.
- « Quelques aspects de la contribution de l'Afrique au développement du Nouveau Monde et de la France »
Par Hassimi O. Maïga, spécialiste en sciences de l'éducation
Transfert de technologie à l'initiative des Africains : la riziculture introduite par les esclaves en Amérique (elle n'était avant qu'expérimentale, ils ont apporté leurs savoir-faire).
Le style de transhumance des cow-boys rappelle celui des bergers peuls du Sénégal.
Les maisons portent l'empreinte des charpentiers sénégalais (charpentes sans pointe).
- « Aux origines de la traite nègre transatlantique : le débat sur la responsabilité africaine »
Par Kinvi Logossah, directeur du département d'économie de l'Université des Antilles-Guyane, campus Schoelcher en Martinique
Cliché des rois nègres tous trafiquants d'esclaves, bien utile pour transfert de culpabilité. Christiane Taubira a relativisé leur rôle par rapport à celui des armateurs et rabatteurs européens.
Il y eut des complicités et des résistances multiformes. Elikia M'Bokolo a décrit l'alternative « le commerce ou la mort » et les conséquences de l'introduction des armes à feu (les acquérir pour se défendre en échange de captifs esclaves : aussi une condition de survie). Car la Traite attisa la méfiance réciproque et favorisa, sur fond de ponction démographique et d'affaiblissement des grands centres intellectuels, une retribalisation. Mais dit-on que la France est responsable du nazisme parce qu'il y eut des collabos ?
Adage : « Tant que les lions n'aront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront à glorifier le chasseur »...
- « L'esclavage et les traites en Afrique occidentale : entre mémoire et histoire »
Par Ibrahima Thioub, directeur du département d'histoire de l'Université Cheikh Anta Diop
L'origine de la position subalterne de l'Afrique dans les affaires du monde contemporain est à rechercher en partie dans la longue séquence historique de l'esclavage qui a durablement affecté sa démographie, ses capacités technologiques, sa représentation de soi et de ses rapports aux autres : aucun aspect de sa vie ne fut épargné et les comptes ne sont pas soldés.
Faible visibilité dans l'espace public français malgré des progrès. Reproche à Joseph Ki-Zerbo de gommer l'intolérable de l'esclavage domestique.
- « Le rôle de la colonisation dans « l'immobilisme » des sociétés africaines »
Par John O. Igué, directeur scientifique du Laboratoire d'analyse régionale et d'expertise sociale à Cotonou, Bénin
La colonisation fut une désorganisation sociale. Un nouvel ordre territorial arbitraire ignorant les anciens zonages climatiques. A l'horizon 2020, 60 % de la population africaine sera citadine (19 millions d'urbains en 1960, 209 millions en 2008)
- « Pérennité de la structure de dépendance et reproduction du sous-développement : le Bénin »
Par Sébastien Dossa Sotindjo, enseignant-chercheur à l'Université d'Abomey-Calavi, Cotonou, Bénin
Comment la structuration économique africaine par le financement étranger reproduit les mécanismes de dépendance générateurs de sous-développement. Comment la priorité à l'exportation des matières premières destinées aux industries européennes entrave la diversification africaine. Comment les plans de développement se sont moulés dans le schéma de la monoculture de rente, extravertie, vulnérable, dépendante (même schéma quand substitution du coton au palmier à huile).
Afrique subsaharienne : près de 90% des recettes d'exportation liées aux produits primaires (dont pétrole) alors que, dans les pays en développement asiatiques, 80% produits manufacturés).
- « Philosophie négro-africaine : lutter pour sa reconnaissance »
Par Sandra Fagbohoun, doctorat d'anthropologie sur la construction des savoirs philosophiques en milieu traditionnel moose, Burkina Fasso, et chargée de mission au Centre International d'Etudes pour le développement local à Lyon
Les pensées traditionnelles comportent des éléments de conceptualisation. On trouve dans la tradition politique africaine des éléments d'idées démocratiques : volonté populaire, libre expression des opinions, palabre... L'usage que la philosophie africaine a fait des croyances est le même que celui de la philosophie occidentale et ne l'exclut pas de l'accès à la rationalité. Partout on a mêlé et on mêle mythe et philosophie, imagination et entendement.
Union pour la Méditerranée : pour diviser l'Afrique alors que le Sahara n'est pas une frontière. L'Afrique du Nord est redevable à Tombouctou autant qu'à Rome, Jérusalem, Athène et Bagdad. L'apartheid sud-africain a été vécu comme une insulte au Maghreb et les massacres de Sétif en 45 comme une insulte au sud du Sahara. Le Sénégal n'aurait-il rien à dire sur l'islam ? Y a-t-il une Afrique utile et une Afrique inutile à l'Europe ?
On essaye de nous imposer « une racialisation de nos expériences, une ethnicisation de nos dynamiques sociales, une massification de nos individualités tout en déplorant notre incapacité supposée à supporter l'autre ! ». Il est temps d'inaugurer une Afrique qui n'entend pas se laisser dicter son épiderme.
- « Renaissance africaine : un défi à relever »
Par Alioune Sall, directeur de l'Institut des Futurs Africains à Prétoria, Afrique du Sud
L'érudit sénégalais Serigne Moussa Ka (1864-1946) : « toute langue est belle qui de l'esclave sait reconnaître la dignité et chez l'homme célébrer l'esprit ».
Le « boom démographique » africain n'est qu'un simple rattrapage : l'Afrique va devenir une puissance démographique, démultipliée par ses diasporas anciennes et modernes : l'Afrique est en Amérique du Nord et du Sud, en Europe. Le Brésil est, après le Nigéria, le pays qui a la plus forte population noire au monde.
Dans le bureau d'Alpha Oumar Konaré, ancien Président malien et ex-Président de la Commission de l'Union africaine, une carte portait la mention : « Afrique = Argentine + Chine + Inde + USA + Mexique + Union européenne ».
Le monde aura encore longtemps besoin de ses matières premières et notamment cobalt, diamant, phosphate, uranium, bauxite, manganèse, pétrole, nickel, étain, etc. même si nouveaux matériaux.
Certains ont parlé d'une « malédiction des matières premières » mais la Norvège donne l'exemple d'une gestion exemplaire de sa rente pétrolière et le Chili pareil pour le cuivre. La question : comment utiliser ces ressources pour diversifier le tissu industriel et les services ?
Malheureusement « la réactivité du pompier a été préférée à la pro-activité du stratège » + ravages de 20 ans d'ajustement structurel.
- « Gouvernance et expérience démocratique en Afrique »
Par Adame Ba Konaré
Il semble que l'essentiel soit davantage « d'afficher la démocratie comme pouvoir du peuple exercé par ses représentants que d'exercer démocratiquement un pouvoir dans lequel le peuple se reconnaît ».
Joseph Ki-Zerbo avance l'idée d'une démocratie de base incarnée par les structures villageoises où les problèmes communs sont débattus devant tout le monde = une piste pour la participation citoyenne ?
La Charte du Mandé (1222, voir texte dans ce dossier) posait déjà des jalons en s'intéressant à toutes les questions qui se posent à l'être humain : relations sociales, conjugales, création du monde, cosmos, droits et devoirs de la personne humaine = déjà un art du bien-vivre ensemble. Il serait anachronique de parler de république ou de démocratie mais il y a là les germes de valeurs démocratiques. La Charte énonce notamment le principe d'égalité entre tous les hommes. Dès lors que l'on cesse de penser que l'Occident est le berceau exclusif des droits de l'homme, il y a là des héritages mobilisables dans une perspective contemporaine.

