12 Avril 2010
Très grossièrement, on pourrait dire que le premier mandat de Lula a été plus défensif (« choc de confiance » et assainissement financier) et son second mandat plus offensif (affirmation du Brésil comme puissance économique et diplomatique) mais l'imagination politique (participative) et sociale (Bolsa Familia) a été une constante des deux mandatures.1) La Présidence Lula, c'est notamment :
- des augmentations du salaire minimum supérieures à l'inflation (4%) : + 75% entre 2003 et 2010 ainsi que des revalorisations des petites retraites qui ont signifié des gains palpables de pouvoir d'achat pour le peuple brésilien (du moins pour celui qui travaille ou a travaillé dans le secteur formel) ;
- la création de la Bolsa Familia qui réunit diverses allocations antérieurement versées aux familles et en augmente le montant sous condition de scolarisation et de vaccination des enfants.
Destinée aux familles pauvres et très pauvres, c'est un bel exemple de cercle vertueux économique et social :
- les familles bénéficiaires sont arrachées au dénuement et les enfants à l'obligation de travailler dans la rue ; * l'accès enfin possible à une consommation de première nécessité a été vécu par près de 13 millions de familles comme une entrée dans la citoyenneté ;
- le versement d'un montant calculé en fonction de critères universels a permis de soustraire cette aide au clientélisme ;
- ces transferts financiers ont suscité dans les villages et quartiers populaires une nouvelle économie de proximité et des créations d'emplois en même temps qu'ils ont ouvert un nouveau marché solvable à l'industrie brésilienne.
Lula raconte volontiers l'avalanche de critiques « expertes » qui s'abattirent et s'abattent encore sur ce projet-phare de sa présidence : assistanat, dépense excessive, incitation à la paresse...
Aujourd'hui, un Brésilien sur quatre bénéficie de ces bourses familiales (versées aux mères que Lula juge plus sérieuses et moins enclines à dépenser l'argent du foyer au bistrot). La mortalité infantile et la déscolarisation précoce ont baissé, la faim a déserté des millions de foyers populaires et le marché ne s'en porte que mieux ;
- l'extension d'une classe moyenne qui, au Brésil, commence à 1.000 reals par mois et est, pour la première fois, devenue majoritaire en 2008 (53% de la population).
C'est une réussite historique dans ce pays champion des inégalités que d'avoir permis une mobilité ascendante qui a concerné, au total, 60 millions de personnes (30 millions arrachées à l'extrême pauvreté et 30 millions qui ont rejoint les rangs de la classe moyenne). 30% des Brésiliens vivaient en-dessous du seuil de pauvreté en 2002, ils étaient 19% en 2009.
2) Réforme agraire
A ces transferts sociaux dont l'efficacité, y compris économique, est attestée et pour lesquels le peuple brésilien voue une énorme reconnaissance à Lula, fils de pauvres qui n'a pas oublié les siens une fois entré au Planalto, s'ajoute une réforme agraire qui, quoique jugée insuffisante par le Mouvement des Sans Terre, a opéré une redistribution très significative et accompagné l'installation de centaines de milliers d'agriculteurs (en équipements, prêts et formations).
Les écologistes et la gauche de la gauche reprochent à Lula de privilégier l'agro-business au détriment des petites exploitations alors qu'il croit, lui, que les deux systèmes ont leur place dans la croissance brésilienne.
Lula rappelle que, jadis partisan d'une réforme agraire radicale, son expérience lui a appris l'art de réformer sans violences contre-performantes. Il souligne qu'il a augmenté de 1 à 7,5 milliards les aides consacrées à l'agriculture familiale, exproprié 43 millions d'hectares et distribué, en deux mandatures, plus de 50% des terres attribuées dans toute l'histoire du Brésil.
3) Le compte bancaire Bolsa Familia
Le gouvernement a récemment décidé d'une nouvelle application de la carte de la Bolsa Familia : permettre aux plus démunis, à partir de 16 ans et sur simple présentation de cette carte, d'accéder à un service bancaire gratuit et n'exigeant aucun dépôt initial. Né à Belo Horizonte, ce nouveau droit concerne aujourd'hui plus de 2 millions de Brésiliens et devrait s'étendre à 4 millions de personnes d'ici la fin 2010.
A défaut de moraliser un secteur bancaire qui soumet les plus pauvres à des exigences exorbitantes (comme l'obligation d'ouvrir, en même temps qu'un compte, une coûteuse assurance-vie), ces comptes bancaires populaires et faciles à ouvrir simplifieraient la vie de ceux qui possèdent très peu et conduiront peut-être les banques classiques à des pratiques plus respectueuses de leurs clients les plus vulnérables.
Ces améliorations concrètes de la vie quotidienne de ceux qui étaient jadis laissés pour compte expliquent plus que la popularité de Lula : la foi de la majorité des Brésiliens dans leur avenir.

